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De l'eau, du pain et du sang ... [RP Solo ]

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Eckwan


Ancien Admin
Eckwan sortit de son livre, il le referma et se leva. Sa chaise racla le sol avec un bruit d'enfer. Il n'y prêta aucune attention et se dirigea vers les escaliers qui descendaient. Il arriva dans la pièce principale de la maison, une lourde table trônait au milieu de la salle, des fours et des gardes-mangers recouvraient le mur opposé. Une trappe conduisant à la cave se cachait sous les escaliers. Dans les deux autres murs étaient percés des portes. L'une conduisant dans le potager inférieur et l'autre au-dehors.
Eckwan s'assit, sur la table il y avait un pichet rempli d'eau ainsi qu'une chope. Il se servit et but le tout d'une traite. La chope fit un claquement sonore lorsqu'il la reposa. Eckwan sortit de son escarcelle un petit livre, ainsi qu'une sorte de petite plume à réservoir de sa fabrication. Le jeune homme était toujours étonné que personne n'y ait pensé plus tôt, c'était pourtant quelque chose d'évident. Une simple tige taillée en pointe creuse à laquelle était relié un petit réservoir d'encre en verre. Il lui suffisait de changer le réservoir ou de le remplir quand il était vide.
Eckwan commença à écrire des notes dans ce petit livre qu'il conservait toujours avec lui. Le livre intitulé A l'ombre des conneries ... comportait déjà une vingtaine de pages écrites bien qu'il ne l'avait commencé que récemment.

On toqua à la porte d'entrée et la porte s'ouvrit juste après. Razal Tascath entra. Razal était un jeune homme vigoureux tout de même plus âgé qu'Eckwan qui lui avait à peine 17 ans. Le nouveau venu s'inclina profondément, le garçon assit à la table haussa un sourcil :

- Pourquoi cette révérence, Razal ?

L'intéressé ne se releva qu'à moitié et répondit :

- Majesté, vous êtes le seul Roi de ces terres.

Eckwan éclata de rire. Il se reprit :

- Majesté ? Tu vois une couronne sur ma tête ?

- Mais ... Majesté vous êtes le Roi de Marodia ... commença l'homme toujours à moitié courbé.

Eckwan se leva et redressa Razal :

- Redresse toi ! Pas de courbettes avec moi, et pas de "Majesté" non plus. Il n'y a plus de Royaume. L'aurais-tu oublié ? Maintenant nous sommes une République !

Le ton prit par le jeune homme ne montrait aucune rancoeur, il affirmait juste ce qui était. Razal demanda :

- Vous renoncez donc au trône ?

Eckwan commença à arpenter la salle, foulant de ses bottes le tapis simple et le plancher, tout en déclarant :

- Le Royaume n'a aucune importance. La République n'a aucune importance. Le Roi ou le Président n'ont aucune importance. La couronne, le trône n'ont aucune importance. Ce qui compte c'est Marodia. Ce qui importe c'est Marodia et les Marodians. Mon père, Géduoin, ne l'avait que trop compris. Marodia est tout ce qui compte. Que ce soit le Royaume de Marodia ou la République de Marodia, c'est sans importance, il jeta un oeil à Razal et poursuivit. Comprends-tu ? Le but que ce sont fixés chacun des Delvains n'est pas de diriger Marodia. C'est de veiller sur Marodia. Mon père a tenté de préserver l'unité de Marodia. Mon oncle, Eckwan, a fondé avec Toron la ville d'Ecensor, et il l'a protégée contre Matimat. Nous n'avons toujours fait que veiller sur Marodia, ce qui semblait être notre devoir. Et je ne doute pas que la famille des Toringiens ait le même but. Peut-être que Lirel ne l'a pas compris, je ne sais pas, mais je suis persuadé que Toron a toujours voulu veiller sur Marodia comme mon oncle et mon père.

Razal hocha de la tête, il ne semblait pas avoir tout saisi mais avait apparemment compris que les révérences et les titres étaient à proscrire.

<< Au moins ça ... >> se dit Eckwan.

Le jeune homme regarda Razal et finit par demander :

- Pourquoi es-tu venu au fait ?

- Le ... Le "pape" ne semble pas réagir à ce que vous avez publié et clamé haut et fort. Certains citoyens semblent même penser que vous n'avez rien à dire. Que le culte des Etoiles peut subir des réformes, quoique vous en disiez. Que vous n'avez de toute façon aucun droit de dire ce qu'est le culte des Etoiles. Votre réputation s'est nettement entachée, si vous voulez mon avis. Et cela ne s'arrangera pas si vous continuez à publier et à dénoncer.

- Tous des moutons ! Des moutons qui suivent docilement celui qui dit quelque chose le premier, il marqua une pause. Et bien ... Je sais ce qui me reste à faire. Je vais leur montrer ce qu'est le culte des Etoiles.

- Vous n'allez tout de même pas ... Ne faîtes pas ça ! Vous allez couler pour de bon votre réputation. Oser s'opposer contre le pape comme vous l'avez fait jusque là n'a déjà pas arrangé les choses. Mais si vous vous proclamez Grand Prêtre vous n'aurez que plus d'ennuis !

- Le Loup de Marodia ne se préoccupe pas de l'opinion que les moutons ont de lui. Si les Marodians sont des moutons, je ne me soucie pas d'eux. Le Loup de Marodia se soucie des chèvres, pas des moutons.

- Ne faites pas ça ... insista Razal.

- Je le ferais. Je le fais ! Je suis le Grand Prêtre des Etoiles ! Nous reconnaîtrons les fidèles des infidèles. Et ceux qui restent indécis, et ne choisissent aucun camp auront bien raison ! On court à une guerre religieuse si le ... le "pape" nous déclare hérétique.

Eckwan regarda Razal dans le blanc des yeux et finit par dire :

- Le problème étant que nous n'avons pas de lieu pour effectuer les rites. Le Domaine Delvain n'est pas encore achevé, et le temple que j'ai prévu n'a même pas sa première pierre de posé. Cependant je peux faire construire un autel dans la ville. Nous verrons. Pour le moment ne divulgue pas que j'ai l'intention de me proclamer Grand Prêtre.

- A vos ordres. J'espère que nous ne courrons pas à une guerre.

- Ce serait en effet très regrettable. Mais nous devons nous dépêcher, l'assemblée n'est pas encore constituée, mais il manquerait plus qu'une fois élue elle vote une loi n'autorisant que le "culte des Etoiles" du "pape". A priori cela ne devrait pas arriver vu que la République est laïque.

Les deux hommes finirent par se saluer et Razal s'en alla.
Eckwan monta à l'étage, s'assit à une table, sortit un livre d'un tiroir et hésita avant de l'ouvrir. Il commença pour la première fois à lire ce livre intitulé Mémoires de Géduoin Ier.

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Eckwan


Ancien Admin
Eckwan contempla fièrement l'Autel qui se trouvait en face de lui. Cet édifice qu'il avait fait construire selon ses plans une semaine auparavant était à présent achevé. Le premier autel consacré aux Etoiles.
Somme toute modeste, mais beau. Une petite coupole sur le toit, l'allée d'entrée ombragée par des plantes avec une petite fontaine, des vitres formant les trois constellations les plus importantes du culte sur les murs, et enfin un petit autel pour effectuer les rites à l'intérieur.
Cet Autel ne valait pas bien sûr les Temples d'Epinedor ou d'Ecensor, ou bien encore le Temple de la Lune et du Soleil du château royal. Eckwan n'avait jamais vu ces édifices, pas dans ses souvenirs. Il était trop jeune à l'époque, il avait grandi sur le LonguePince, ce navire qui avait conduit les Marodians sur ces terres.

Eckwan continua un moment d'observer l'édifice puis marcha sous l'allée ombragée, il s'arrêta à la fontaine, s'y lava les mains, et pénétra sous l'arche gauche d'entrée.
Le jeune homme contourna l'autel et monta lentement les quelques marches. Il s'arrêta une fois placé au centre de l'autel, à la place du prêtre.

- Commençons ... murmura Eckwan.

Il écarta grand les bras, les mains ouvertes, releva le menton, penchant la tête en arrière, de façon à voir en face le ciel à travers le trou de la coupole. Il ferma les paupières et prononça dans sa tête les paroles destinées à sacraliser un lieu et en faire un lieu religieux.

<< Par la Grâce des Étoiles. Recevez ces paroles et faites de cet Autel un pont entre votre firmament et vos fidèles. Ecoutez vos fidèles venus ici et accordez leur votre bénédiction. Acceptez les infidèles et protégez les de leur engeance. Plongez ces lieux dans la Lumière et l'Ombre et Foudroyez ceux qui oseront détruire ces lieux. >>

Eckwan rouvrit les yeux, ramena ses bras le long de son corps et remit sa tête en position normale. Il songea soudain qu'il était vêtu de ses vêtements habituels. Généralement les prêtres et prêtresses s'habillaient de tuniques ou de robes simples blanches, grises ou noires au ceinturon doré ou argenté. Cependant rien ne semblait obliger que l'on soit vêtu de la sorte pour accomplir les rites.

Eckwan cligna des yeux en signe de surprise quand il aperçut Razal debout près de l'arche d'entrée qui regardait. L'homme était dans sa tenue de soldat, il faisait partie de l'armée Marodianne bien qu'il ne semblait pas apprécier le président et son gouvernement. C'était tout de même un homme bon, qui avait foi en les Etoiles et en la justice. Il ne vivait cependant pas comme certains imbéciles qui se refusent à user de la force. Il savait qu'une bonne épée affûtée valait mieux qu'une gorge coupée.
Eckwan était du même avis, il avait beau être à présent un prêtre -du moins l'espérait-il-, il continuerait de porter son épée et son armure et son arc s'il le fallait. Il serait de ces prêtres-guerriers.

Razal ouvrit la bouche :

- L'Autel est-il béni ?

Eckwan esquissa un sourire, il répondit d'un ton posé :

- Le prêtre qui a prononcé les paroles doit demeurer sur l'autel jusqu'à ce que la réponse lui vienne. Je dois attendre ici jusqu'à ce que les Etoiles m'envoient un signe, il continua d'un ton presque ironique. En admettant que les Etoiles jugent cet endroit digne d'un Autel.

- Et si Elles ne le jugent pas digne ?

- On peut toujours attendre.

Ce furent les dernières paroles prononcées pendant plusieurs heures. Le jeune homme resta debout sur l'autel jusqu'au crépuscule. Razal était parti entre temps et puis était revenu apporté du pain et de l'eau au prêtre.
Eckwan refusa toute nourriture du moment qu'il était sur l'autel. Le soleil déclinait, Razal attendait près de l'autel. Il contemplait les vitres, les murs, les motifs au sol, l'autel. Ses yeux semblaient dire que si les Etoiles ne jugeaient pas cet endroit digne d'Elles, alors les Etoiles étaient bien exigeantes.

Un éclair retentit au loin, un second plus proche éclata quelques secondes après le premier. Une fraction de seconde après la foudre tomba sur Eckwan qui se tenait debout sur l'autel. Le jeune homme inconscient fut projeté en arrière.

***

Ses yeux pourtant clos, Eckwan voyait une lumière aveuglante. Il ouvrit les yeux, la lumière s'apaisa peu à peu. Il se trouvait debout dans ce qui lui paraissait être une salle avec de grandes colonnes soutenant une voûte si haute qu'on l'apercevait à peine. Le tout était baigné dans une clarté étonnante, la lumière n'agressait pas l'oeil mais on distinguait mal la salle. Comme si des toiles blanches recouvraient en partie le regard.

Une voix résonna comme un gong dans la tête d'Eckwan. Une voix qui ne pouvait être identifiée, ni homme ni femme, ni grave ni aiguë, ni jeune ni âgée, ni forte ni faible. Comme un millier d'échos qui sonnaient mais pourtant ne formaient qu'une seule et unique voix.

<< Vous vous êtes souvenus des Etoiles, de ce que Nous sommes. Vous avez suivi la Lumière et l'Ombre et bâti un Autel afin de pérenniser Notre culte. >>

Eckwan ferma ses yeux et se crispa, ces voix qui lui tapaient le crâne étaient difficile à supporter. Le choeur des voix reprit :

<< Votre Esprit apportera aux hommes la direction qu'ils ont besoin. Nous faisons de vous notre porte-parole, soyez notre Grand-Prêtre. Répandez Notre parole et guidez les hommes vers la Lumière et l'Ombre. >>

Les voix étaient plus sonores, le jeune homme porta une main à son front :

<< Votre Force vous sera précieuse. Utilisez la pour défendre Notre parole et devenez Notre Champion. Que votre bras protège les faibles, et que votre esprit éclaire la Voie. Porteur de Notre parole, usez de Notre Pouvoir et marchez dans la Lumière et l'Ombre, Champion des Etoiles. >>

Eckwan tenait à présent sa tête entre ses deux mains, pressant son crâne de toutes ses forces. Après les voix des images de lui brandissant une épée défilèrent devant ses yeux fermés. De lui au milieu d'une meute de loups, au coeur d'une bataille dans une forêt enneigée. De lui au sommet d'une montagne baignée dans la Lumière et l'Ombre. Et à chaque fois cette épée revenait sans cesse. Une épée bâtarde, à la poignée longue d'une main et demie. A la lame aussi longue que la jambe d'un homme. La garde était frappée d'un emblème, cet emblème il le reconnu, c'était son emblème. L'emblème des Delvains, le Loup. Il se rendit compte que la garde elle même était composée de deux têtes de loups se tournant le dos. Une composant chaque extrémité.

Eckwan lâcha un cri et tout disparu dans un noir d'encre, un noir plus profond que la nuit.

***

Eckwan se releva en sursaut sur son séant, devant lui Razal l'appelait et le secouait. Le soldat s'enquit :

- Eckwan ? Tu vas bien ? Que s'est-il passé ? C'était ça le signe ?

Le jeune homme resta un instant avant de répondre :

- Oui je vais bien ... Je crois ... Ces voix ... il regarda droit dans les yeux son ami. Je crois que les Etoiles m'ont parlées. Elles ... Elles me parlaient ! Je crois qu'elles ont fait de moi leur Grand-Prêtre et ... et leur Champion.

Razal écarquilla les yeux, il détourna la tête. Il ne paraissait pas douter de ces paroles. Le soldat avait toujours eu confiance en Eckwan et foi en les Etoiles. Il était simplement surpris. Razal finit tout de même par demander :

- Tu es leur Grand-Prêtre, cela je peux le comprendre. Mais leur Champion ? Qu'est-ce que le Champion ?

Eckwan ferma les yeux comme pour réfléchir et répondit :

- Il me semble que le Champion est quelqu'un qui a la bénédiction des Etoiles partout où il va. Son rôle est de guider les hommes sur la Voie. Je ne sais pas de quelle voie il s'agit. Je pense que le Champion est une sorte d'intendant des Etoiles pour faire régner la justice. On n'a plus jamais entendu parler de Champion depuis au moins deux cent ans, Razal.

- Tout cela est bien beau mais on fait quoi ?

Le soldat semblait aussi perdu que le jeune homme. Eckwan prit son temps avant de déclarer :

- Tout d'abord fait courir le bruit que j'ai été choisi Grand-Prêtre par les Etoiles. Nous verrons pour la suite. Je vais d'abord manger et aller prendre du repos. Nous verrons demain.

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Eckwan


Ancien Admin
Eckwan avançait dans la brume, ses bottes s'enfonçaient profondément dans la neige. La nuit était complètement tombée, le jeune homme avançait sans savoir où il allait. Soudain, un loup d'un noir d'encre surgit de derrière un sapin et bondit sur lui. Les crocs s'enfoncèrent dans sa chair. Eckwan cria et se releva sur son séant sur son lit. Le jeune homme porta une main à son cou, au lieu de sentir le sang qui aurait dû y avoir il rencontra de la peau intacte.
Eckwan s'assit sur le bord de son lit, la tête dans les mains. Il venait encore de rêver. Depuis quelques nuits déjà il ne cessait de rêver. Des fois il était à Nouvel Ecensor, en train de prêcher la bonne parole, d'autres fois il était seul ou avec Razal dans des montagnes à chercher il ne savait quoi.

Eckwan se leva et alla à la fenêtre, le soleil ne s'était pas encore levé. Le jeune homme enfila ses vêtements, boucla sa ceinture et le fourreau de Foudre-Lame. Il mit son épaulière gauche, accrocha sa cape et enfila ses bottes.
Eckwan descendit à l'étage inférieur, il décrocha son arc d'une patère, et enfila son carquois à sa ceinture. Il poussa la porte et sortit de la maison. Personne en vue au dehors, tout le monde dormait à cette heure-ci. Sauf peut-être les malandrins, mais la Garde était censée balayer ces rues de toute vermine.

Le jeune homme se dirigea vers la place du Dragon, il l'a parcourue, franchit la porte Sud et fonça droit vers la sortie de la ville. Il s'arrêta là où s'arrêtait la route pavée. Devant lui s'étendait la forêt. La forêt ... Quelque chose l'avait amené ici, il ne savait trop pourquoi il se tenait dehors en pleine nuit. Quelque chose l'attirait. Eckwan s'engagea plus avant sous le couvert des arbres. Il marcha longtemps, allant toujours tout droit, sans but précis. Il finit par sortir de la forêt, le paysage était à présent composé de collines et de montagnes au loin.

Le jeune prêtre se dirigea vers ces montagnes. Avançant sans comprendre pourquoi il se trouvait ici. La fatigue ne venait pourtant pas, il se sentait en pleine forme bien qu'ayant dormi quelques heures à peine.

Eckwan franchit les collines et arriva au pied des montagnes. Il commença l'ascension. Toujours plus haut, toujours plus haut. Quelque chose le poussait.
Après avoir escaladé un gros rocher, le jeune homme se rendit compte qu'il n'avait pas croisé une seule créature des Ténèbres depuis qu'il avait quitté Nouvel Ecensor. Cette nouvelle ne le réconforta pas, il encocha une flèche à son arc, banda, près à tirer sur ce qui viendrait. Il resta planté là, se demandant pourquoi il était ici, si loin de la ville. Scrutant chaque ombre et prenant chaque arbre pour un monstre. Quelque chose bougea, il en était sûr. Il se retourna et n'eut pas le temps de décocher sa flèche qu'un loup au pelage noir et aux yeux si jaunes qu'on aurait cru à de l'or s'abattit sur lui. Le jeune prêtre bascula en arrière, couché sur le dos, le loup sur lui. Eckwan n'eut pas le temps de réagir qu'il entendit un corbeau. Un corbeau ... Une flèche jaillit de nul part et passa là où il s'était tenu debout. Le garçon avait cru que cela c'était déroulé pendant plusieurs minutes et se demanda comment l'archer avait put louper sa cible. Il se rendit à peine compte que tout ceci c'était déroulé en l'espace d'une seconde qu'une araignée géante sauta d'un arbre et se rua sur lui.

Le loup noir s'était écarté et courrait à présent vers les arbres. Eckwan dégaina d'un geste vif Foudre-Lame et la pointa vers l'araignée qui s'embrocha sur la lame quand elle arriva sur lui. Le prêtre s'écarta, se leva et dégagea son épée. Deux autres flèches jaillirent de la pénombre. L'une d'elles s'écrasa contre son épaulière gauche et l'autre se perdit dans la nuit.
Eckwan mit son arc en bandoulière et, Foudre-Lame au poing, il se rua sous le couvert des arbres, d'où provenaient les flèches.
Une autre araignée surgit de nul part et plaqua le garçon au sol. Eckwan n'eu pas le temps de réagir qu'une forme sombre percuta l'araignée. La forme et l'araignée roulèrent sur le sol en combattant. Finalement l'araignée fut prise de convulsions et s'immobilisa. De derrière le cadavre de l'arachnide la tête du loup surgit. L'animal aux yeux jaunes alla à l'encontre d'Eckwan.

Le jeune homme qui s'était remis debout assura sa prise sur Foudre-Lame. Ce loup l'avait peut-être sauvé par deux fois, mais peut-être était-ce pour ne pas avoir à partager son repas.
Le loup noir s'arrêta devant lui. La bête pencha sa tête de côté comme s'il essayait de reconnaître un visage familier. Le loup s'approcha un peu plus du garçon et renifla ses bottes, son pantalon. La gueule du loup dégoulinait de sang. Eckwan eu l'étrange impression qu'il s'était aussi occupé des archers squelettes.
Quoiqu'il en soit, le loup ne semblait pas vouloir s'attaquer à lui. Ils restèrent tous les deux à se contempler mutuellement. Le loup, à quatre pattes, arrivait à la hauteur de la ceinture du jeune homme. S'il se dressait sur ses pattes arrières il aurait été aussi grand que lui, il en était sûr.

Le loup finit par détourner les yeux et s'en alla dans la pénombre. Le jeune prêtre le suivit du regard, et comme pour le retenir il murmura :

-Merci ...

L'animal s'arrêta et fixa le jeune homme un instant et repartit au trot dans la nuit. Eckwan resta un moment debout. L'étrange sentiment de sécurité qui avait émané du loup était parti avec celui-ci. Le garçon tourna la tête dans tous les sens, son regard porta sur chaque ombre, chaque arbre. Mieux ne valait pas rester ici. Eckwan fonça, Foudre-Lame toujours au poing, à la suite du loup. Il sortit du couvert des arbres, la montagne continuait de monter. Sur une proéminence de roc, le loup noir se dressait, il regardait le prêtre, comme s'il l'attendait. Le jeune homme avança, rengaina son épée. Lorsqu'il arriva à la hauteur de l'animal, celui-ci repartit au trot, gravissant la montagne, sans montrer aucun signe de fatigue. Eckwan s'élança à sa suite.
Ils gravirent ainsi la montagne, le loup en tête s'arrêtant parfois et attendant le jeune prêtre qui commençait à fatiguer, s'aidant de ses mains pour continuer à monter.

Le soleil pointait à l'horizon quand ils arrivèrent au sommet. Le soleil montait doucement tandis que la lune disparaissait lentement. La Lumière et l'Ombre semblaient se battre en duel.

<< La Lumière et l'Ombre … Cette montagne … >>

Eckwan prit soudain conscience qu'il était au sommet, au bord d'une pente abrupte qui formait la face Sud de la montagne. Le loup noir était toujours là, il regardait de ses yeux jaunes l'horizon.
Le ciel était clair lorsqu'un éclair frappa la montagne. Eckwan eut à peine le temps de reculer avant qu'un pan de roc s'affaissa et ne l'emporte dans sa chute. Devant le prêtre, là où la pierre s'était effondrée, là où la foudre était tombée, une épée était plantée dans le sol. Cette épée il l'a reconnue, c'était cette fameuse épée qu'il avait vu lors du sacre de l'Autel.
Quelque chose le poussa à se saisir de l'arme. Il se rendit à peine compte qu'il tenait fermement l'épée et la pointait vers le ciel.

Des éclairs fendirent le ciel pourtant dégagé, et le loup noir hurla à la Lune.

Eckwan contempla l'épée. La lame était assez longue pour qu'on qualifie l'arme d'espadon, ces épées qu'on le manie à deux mains. L'arme était étonnamment légère, la garde était composée de deux loups se tournant le dos. L'un noir comme la nuit l'autre blanc comme neige. La garde était également ornée de l'emblème des Delvains, le Grand Loup. La poignée d'une main et demie était enroulée de lanières de cuir noir afin d'assurer une bonne prise en main.
Le prêtre se rendit compte que la lame était en fait de l'argent. Cette couleur gris-blanc lui rappelait étrangement les dents des loups. Le jeune homme lu sur la lame en caractères gravés le nom de cette épée, Croc-Pâle.

Croc-Pâle reflétait étrangement la lumière des éclairs qui striaient le voûte céleste.
Eckwan et le loup se fixaient à présent. Le jeune homme ressentit une étrange présence dans sa tête, en regardant le loup noir il pensa :

<< Vif-Nuit >>

Le loup cligna des yeux comme s'il acquiesçait et affirmait que c'était son nom. L'étrange présence se manifesta de plus belle quand résonna dans la tête du jeune homme :

<< Croc-Pâle, mon Frère. >>

Eckwan chancela, il porta sa main gauche à son front. La présence dans son crâne n'était autre que le loup, il le comprit.

<< Les légendes à propos des Delvains et des loups auraient-elles dit vrai ? >>

Le loup pencha la tête de coté, en signe d'incompréhension. Avec hésitation, Eckwan demanda :

<< Comment m'as tu trouvé ? >>

<< Je ne sais pas plus que toi ce qui nous a poussé à venir, mon Frère. >>
Ce fut la réponse de Vif-Nuit.


Eckwan raffermit sa prise sur Croc-Pâle. Il prit conscience d'un fourreau attaché à son dos, sous sa cape. Ce fourreau n'était pas là avant. Avec hésitation il rengaina l'arme dans ce nouveau fourreau. La présence du loup se manifesta :

<< Viens, Croc-Pâle, que je te présente au reste de la meute. Suis moi mon Frère. >>

Vif-Nuit tourna le dos et redescendit la montagne. Eckwan le suivit, ne sachant que faire d'autre.

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Eckwan


Ancien Admin
Eckwan et Vif-Nuit étaient arrivés au pied de la montagne, le loup noir se dirigeait vers l'entrée d'une caverne sombre qui perçait la montagne. Le loup s'arrêta, il poussa un jappement en direction de l'obscurité.
Le jeune homme s'arrêta un peu plus en arrière. D'autres présences dans son esprit firent surface.

De la pénombre sortirent tour à tour 5 loups. Parmi ces loups, l'un était d'un blanc pur, comme la neige. Celui en tête portait une cicatrice à son museau et semblait avoir connu de nombreuses années à sa façon de se déplacer. Sa fourrure grise parsemée de touffes noires et blanches se mêlerait bien dans les montagnes. Ce loup semblait être le chef, il gardait la tête haute et fixait Eckwan comme un paysan qui découvre un chat qui a dévasté ses cultures.
La présence de Vif-Nuit se manifesta, mais elle n'était pas destinée à Eckwan :

<< Voici Croc-Pâle, mes Frères. >>

Le loup de tête s'approcha, dépassa Vif-Nuit, et renifla le jeune homme. Il revint à sa place, une présence autre que Vif-Nuit se manifesta à son tour, une présence forte, autoritaire :

<< Je suis Croc-Blanc, chef de cette meute. Notre territoire s'étend à des lieues à la ronde. Nous sommes la meute la plus puissante de ces environs. Que viens-tu faire ici, Croc-Pâle ? Les terres de ton peuple ne vous suffisent-elles plus ? >>

Eckwan s'apprêta à ouvrir la bouche et la referma. Il ne savait trop comment, il manifesta sa propre présence :

<< Je ... Je ne sais pourquoi je suis ici. >>

<< Je viens le présenter à notre meute, mes Frères. >>
déclara Vif-nuit.

<< Nous n'acceptons pas les Etrangers. >> répondit Croc-Blanc.

<< As-tu déjà rencontré un humain capable de dialoguer avec nous ? La Lune en personne a manifesté la foudre en sa présence. Mes Frères, acceptez Croc-Pâle. >>


Comme si cette déclaration fut un signal, les loups vinrent tour à tour à l'encontre du jeune homme et le scrutèrent du regard, le reniflèrent et avant de laisser la place à un autre, manifestaient leur nom. Le premier était gris avec du brun aux pattes, il était le plus massif de tous :

<< Torrent-Rouge, les ours craignent la puissance du torrent. >>

Le second était une louve d'un gris uni, elle revint après son passage aux cotés de Croc-Blanc, Eckwan comprit qu'elle était sa compagne :

<< Dents-Vives, la vitesse d'un humain n'égale pas celle du loup. >>

Une jeune loup blanc et brun vint ensuite :

<< Jeune-Aigle >>

Enfin, le loup entièrement blanc se présenta :

<< Perce-Neige, le vent recouvre les montagnes. >>

Eckwan se rendit compte que c'était en fait une louve. Croc-Blanc se manifesta :

<< Soit. Si la Lune se manifeste en ta présence, Croc-Pâle, tu peux rejoindre la meute. >>

Les loups hurlèrent à la Lune en chœur. Eckwan sentait un poids s'ancrer dans son crâne, les présences semblaient faire partie intégrante de lui même.
Les loups retournèrent dans la pénombre, Vif-Nuit invita le jeune prêtre à les suivre. Avec hésitation Eckwan s'aventura dans cette caverne obscure. Durant de longues minutes il avança en trébuchant, tâtant la paroi, mettant avec difficulté un pied devant l'autre. Il n'y voyait rien. Le bruit faible des pas des loups s'arrêta, ils semblèrent s'asseoir ou se coucher sur le sol en pierre. Eckwan se mit assis avec lenteur. Ses yeux s'étaient un peu habitués à la pénombre, mais il ne distinguait à peine que quelques nuances de noir et de gris sombre, rien lui permettant de se repérer.

Eckwan ne savait depuis combien de temps il était assis. Les loups parlaient entre eux, Vif-Nuit lui adressait parfois la parole. Un grondement sourd se fit entendre. Des pas lourds résonnaient depuis l'entrée de la caverne. Un faible remuement indiqua que les loups s'étaient dressés sur leurs pattes. Torrent-Rouge avertit :

<< Ours. >>

Eckwan se dressa droit et dégaina lentement de la main droite Croc-Pâle. A son grand étonnement, la lame n'émit aucun son en sortant de son fourreau. Il porta sa main gauche à la poignée de Foudre-Lame, avant qu'il ne la dégaine, il se souvint :

<< Celle-ci fait du bruit … >>

Bien qu'il ne pouvait voir les loups, il était certain qu'ils montraient des signes d'incompréhension. Eckwan se demanda aussitôt s'il pourrait un jour être de nouveau seul dans sa tête, sans ces présences. Les pas de l'ours s'approchaient. Les paupières d'Eckwan se plissaient, il lui semblait distinguer une grosse masse sombre à une dizaine de mètres de là. L'ours émit un grognement offensif. Il les avait vus. L'ours l'avait vu. Eckwan prit étrangement conscience que les loups n'étaient plus à ses cotés. Il assura sa prise sur Croc-Pâle, et sans réfléchir il s'élança, l'arme au poing.

Au fur et à mesure qu'il se dirigeait droit vers la bête, il lui semblait voir de mieux en mieux. Ses yeux semblaient s'être brusquement adaptés. L'ours leva sa patte et avant qu'il ne l'abattit sur le jeune homme, un loup massif se jeta sur l'ours. Torrent-Rouge resserra sa mâchoire dans les côtes de l'animal. Celui-ci se jeta de coté, écrasant le loup contre la paroi de la caverne. L'ours se retourna vers Eckwan qui s'était arrêté net. Le jeune homme secoua sa tête, et se rua sur la bête :

-Jamais ne ploie !

Il fonça, brandissant Croc-Pâle droit devant lui. L'ours grogna, et avant qu'il ne réagisse, la lame effilée de l'épée s'enfonça dans sa chair. Eckwan hurla tandis qu'il dégageait sa lame pour la renfoncer à un autre endroit. Vif-Nuit sembla tomber du plafond quand il atterrit sur le dos de la bête, ses crocs rencontrant le sang. Croc-Blanc attaqua par l'un des côtés, pendant que Perce-Neige et Dents-Vives prirent l'autre flanc. Jeune-Aigle, dans sa fougue jeunesse rejoignit Eckwan et mordit les pattes avant de l'ours. L'affrontement dura quelques secondes, et la bête s'effondra sur le sol, le regard vitreux.
Les loups ne se préoccupèrent plus de l'animal mort et se pressèrent autour de Torrent-Rouge qui se relevait péniblement. Le loup gris-brun indiqua qu'il allait bien. Eckwan se rendit compte qu'il distinguait à présent tout, en noir et blanc, nuances de gris variées, mais aucune couleur. Un coup d'oeil vers l'entrée de la caverne lui indiqua qu'il pouvait toujours distinguer les couleurs, à la lumière.

***

Plusieurs jours passèrent, Eckwan était retourné à Nouvel Ecensor, et avait dans sa tête un contact permanent avec la meute des loups. Quel que soit la distance qui le séparait des loups, il pouvait leur parler, et ils semblaient tout connaître de ses pensées à lui. Apparemment, les loups n'avaient pas de pensées propre, ou du moins, ne les formulaient pas de quelconque manière.
Le Président Lirel Toron avait fait d'Eckwan le Général des forces armées de la République. La guerre contre l'Empire Rakatas avait commencée, et les Marodians semblaient mener le jeu. L'Empereur semblait s'être retiré on ne savait où, et le vice-roi avait jusque là fait preuve de prudence et n'avait mené aucun raid.

Eckwan avait fait construire une forteresse selon ses plans dans le désert, qui lui servait de base militaire. Les stocks de nourriture et d'armement de l'armée y étaient entreposés. Le Général avait vidé en grande partie les coffres de sa Maison au profit de l'armée, constituant ainsi à lui seul une réserve respectable. Le soutien de la Maison des Toringiens remplit également les coffres de l'armée en partie. Cependant, pour une réserve de nourriture durable, il fallait un approvisionnement constant. Pour cela, Eckwan allait prochainement proposé une loi à l'Assemblée.
Une muraille protégeant Nouvel Ecensor de l'Empire Rakatas était en cours de construction. Un grand pan était déjà achevé. Ce mur était censé résister à toute attaque à l'explosif.

L'ingénierie d'Eckwan le mena à penser qu'il était possible de construire un canon capable de projeter un projectile explosif à 7 lieues. Malgré la perplexité du Président Toron, le Général ne baissa pas les bras et fit mener des recherches par un groupe d'alchimistes, ingénieurs, canonniers. Les recherches financés par la Maison Delvain, allait bon train, et il semblait qu'un moyen de propulsion soit déjà mis au point.


Eckwan dirigeait depuis une tente les armées Marodiannes. Parfois il menait une unité et allait au combat. Cependant, il n'appréciait pas les escarmouches de ce type, cela se résumait à de la traque. Les forces Rakatas ne semblaient avoir pour seul mot d'ordre de se terrer. Des galeries avaient été mise au jour, une incursion dans ce qui semblait être une réserve de nourriture souterraine permit de remplir les stocks de nourriture des Marodians.
Le Général n'avait jusque là subit aucune défaite majeure, excepté lors d'une incursion en territoire Rakatas. Eckwan avait mené ses troupes en personne, et ils avaient pénétrés dans la ville de Céloutata. Malgré l'inactivité de l'Empereur et du vice-roi, une force d'opposition s'organisa en face, les soldats Rakatas se rangèrent lors de cette bataille sous le commandement de ce qui semblait être un simple soldat. Ce soldat du nom de Tufanik dirigea ses hommes d'une main de fer et ils repoussèrent les Marodians hors de la ville. Le Général en personne affronta Tufanik, ce-dernier semblait dominer le Général Marodian et il en fut de peu pour qu'Eckwan s'en sorte vivant et ordonne le repli.

A part cette défaite, aucune autre n'avait été subie par les Marodians. Jusqu'à présent, la République de Marodia semblait en phase de gagner la guerre.

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Eckwan


Ancien Admin
L'Empereur avait donné signe de vie depuis quelques jours.
L'espoir de batailles digne de son oncle vinrent à l'esprit d'Eckwan. Les escarmouches menées jusque là causaient des morts et des pertes. Mais le Général Marodian trouvait la chose trop facile, il s'attendait à plus que ça de la part de l'Empereur Emeric, avec qui il avait eu maintes fois l'occasion de dialoguer lorsque celui-ci était encore Marodian.


Dans la tente de commandement, Eckwan étudiait l'une des nombreuses cartes posées sur la table en bois massif qui siégeait au centre de la tente. De gros pions en bois sculptés en forme de soldats et teintés en noir représentaient les régiments de la République. Les forces de l'Empire étaient représentées par de simples palets en bois brut. Deux autres pions différaient des autres, l'un était un soldat blanc, représentant la garde du Général, dont le chef était Razal. La garde était composée des derniers partisans de la royauté, ainsi que ceux n'étant pas forcément pour la royauté mais fidèles à la Maison Delvain. L'autre pion était une tête de Loup noir, c'était la position de la meute des loups avec laquelle il gardait un contact permanent.
Eckwan se servait des loups comme éclaireurs afin de noter les positions des Rakatas. Il n'avait toujours pas révélé à quiconque de ce qu'il était capable de faire. Aussi prenait-il soin de cacher le pion à tête de Loup à chaque fois qu'une personne était présente dans la salle ou y entrait. Tout le monde pensait qu'il calculait à l'avance les déplacements des Rakatas, ce qui n'était pas totalement vrai mais pas faux non plus. Il prévoyait chaque déplacement des Rakatas, et envoyaient les loups en éclaireur vérifier si c'était bien le cas. Il s'était trompé quelques fois, mais dans l'ensemble, il semblait avoir un don pour prévoir les déplacements.
Eckwan eu soudain une pensée envers son oncle. Lui aussi avait fait la guerre très tôt, et il l'avait remporté avec l'aide de Toron.

<< Et bien, nous remporterons aussi cette guerre. Mon jeune âge n'est pas une raison pour commettre des erreurs. L'incursion dans la ville était une mauvaise idée, j'ai failli y laisser ma vie ! >>

La présence de Croc-Blanc se manifesta :

<< Ils sont là où tu l'as dit, comme tu l'avais prévu, Croc-Pâle >>

Le jeune prêtre reporta son attention sur la carte, il déplaça l'un des palets à l'Ouest, dans une forêt. Il prit la tête de loup et la fourra dans sa besace. Eckwan appela :

- Azamir !

Le Commandant entra dans la tente, tête nue, son casque aux trois plumes rouges sous le bras.
Eckwan avait organisé rigoureusement l'armée, se basant sur les écrits qu'il avait pu trouver concernant l'armée Marodianne du temps d'Eckwan Ier le Fondateur.
En haut de l'échelle, le Général, ensuite il décomposait l'armée en régiments, commandés par des Commandants aux casques ornés de trois plumes rouges. Ces régiments regroupaient au moins deux sections commandées par des Lieutenants aux casques ornés de deux plumes rouges. Les sections étaient elles mêmes divisées en groupe auquel on ne donnait pas de noms particuliers, dirigés par des Capitaines aux casques ornés d'une seule plume rouge. Les sections pouvaient comporter jusqu'à la centaine d'homme.
Eckwan avait aussi formé le Conseil des Commandants, regroupant les chefs des régiments, pouvant donc donner leur avis sur la situation et conseiller le Général. La garde du Général était un régiment, Razal faisait donc partie du Conseil.

Le Général s'adressa au nouveau venu :

- Envoyez l'une de vos sections dans la forêt enneigé, les Rakatas vont arriver par la forêt de Branchebuis. Chargez votre Lieutenant le plus compétent, il doit leur barrer la route.

- Bien mon Général.

Le Commandant s'en alla par l'ouverture de la tente, et bientôt on entendit des ordres fuser à l'intention des soldats.

Razal fit irruption dans la tente, Eckwan eu tout juste le temps de balayer d'un revers de main la tête de Loup qui tomba sur le sol meuble avec un léger bruit sourd. Razal déclara :

- L'Empereur a signé le traité, mon Général.

Le jeune homme écarquilla les yeux. L’Empereur avait d'abord refuser de signer le traité de paix proposé par le Président Lirel, il semblait avoir finalement changer d'avis.

<< Changer brusquement d'avis n'est pas une chose à faire en temps de guerre, surtout si les raisons sont injustifiées. Il a commis une grave erreur. >>

- Soit, dit-il simplement.

Eckwan sortit en suite de la tente, suivit de Razal. Il tonna haut et fort :

- Ramenez toutes les troupes au campement ! Retirez le régiment de la route, repliez les éclaireurs et démontez le campement du Nord. Ordre de replier la totalité des troupes ici.

Des messagers aux plumes bleues partirent aussitôt à cheval dans toutes les directions. Le Commandant Azamir accouru :

- Mon Général, que se passe-t-il ? Voulez vous tenter une percée avec toutes nos troupes dans la ville et la mettre à feu et à sang ? Ce serait pure folie !

- Non, Commandant. Nous rentrons chez nous.

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Eckwan


Ancien Admin
Eckwan marchait tranquillement dans les rues de Nouvel-Ecensor, suivi de près par Razal ainsi que trois des membres de sa garde. Razal avait revêtu fièrement son casque au trois plumes rouges.
Les passants s'écartaient devant le cortège sans vraiment y faire attention, les Marodians ne semblaient pas avoir pour quelconque admiration leur Général, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Razal quant à lui avait semblé croire qu'ils seraient accueillis en héros de la République, ou qu'ils aspireraient au moins un peu de respect. Ce qui n'était somme toute pas prétentieux, après tout, ils avaient remportés haut la main la guerre contre l'Empire, ils étaient en droit de demander en retour un peu de gratitude et plus de respect que considérer le Général comme le roi déchu qui ne se préoccupait pas de son peuple.
Eckwan venait avec la guerre de leur prouver le contraire.

Le Général se rendait à l'Autel des Étoiles qu'il avait fait bâtir. D'ordinaire vide, grande fut sa surprise de voir une vieille femme agenouillée devant les vitraux et, les yeux fermés, semblait se recueillir. Avant de passer l'arche, Eckwan se lava les mains à la fontaine, il entra sans un bruit. Restant à distance respectueuse de la femme, la laissant dans son recueillement.
Razal se dirigea vers un autre vitrail et s'y agenouilla, il avait fait part à Eckwan plus tôt son envie d'avertir les Étoiles qu'il avait combattu les Galdistes, ces infidèles, il y avait peu.

La femme se releva et se retourna. Le jeune prêtre s'avança vers elle, et commença :

- Puissent les Etoiles illuminer votre route. Qu'est-ce qui vous amène ici ?

La vieille femme répondit d'une voix assurée :

- Je viens pleurer la perte de mes trois fils et de mon petit-fils, morts il y a peu à la guerre, sous vos ordres. Je viens dans cet Autel car il est le lieu de culte du Sauveur de la Nation.

- Se sont vos enfants les sauveurs de la Nation. Ne l'oubliez pas, répondit calmement Eckwan. Ainsi que tous ceux qui sont morts et ont combattus pour le salut des Marodians.

- Je me souviens de la guerre contre Caslyan. Je me souviens surtout du culte des Étoiles comme il l'était sous le règne de votre père et de votre oncle. Je suis ravie que quelqu'un d'aussi jeune que vous s'oppose au pape et tente de revenir au culte d'Origine. vous faites honneur à votre oncle, ainsi qu'à votre père. L'hérésie catholique s'est emparée des membres du culte des Étoiles. Beaucoup des Marodians, les plus vieux, sont encore fidèles au culte d'Origine. Ne perdez pas la foi, ralliez les fidèles à vos côtés, proclamez vous contre le pape et ses sbires, proclamez vous Grand-Prêtre des Étoiles. Vous ne serez pas seul, bon nombre se rallieront à vos côtés.

La vieille femme passa l'arche droite et disparu dans la foule. Eckwan s'aperçut que personne ne regardait dans la direction de l'Autel, les gens s'intéressaient plus à l'entrepôt de la République situé en face qu'à l'Autel des Étoiles. Si bien que le jeune homme doutait des propos de la vieille femme.

<< Un seul moyen de le savoir … >>

- Razal, suis moi.

Eckwan, Razal et les trois gardes parcoururent la rue, passèrent le marché du ''pape'' traversèrent la rivière par l'un des ponts et arrivèrent sur la place du Dragon. Eckwan se dirigea vers la mairie, coupant à travers la foule, les passants s'écartant sans dire mot et vacant à leurs occupations.
Le jeune prêtre regarda un instant la façade de la mairie, fier bâtiment en pierres. Un pilier solitaire orné d'or gravée se dressait devant l'édifice. Un piédestal parfait.
Eckwan sauta, attrapa le haut du pilier, et se hissa, sans répondre aux protestations de Razal. Le jeune homme se mit debout avec un peu d'hésitation, le haut du pilier était légèrement pentu, l'espace qu'il offrait suffisait cependant pour un homme seul. Le Général se tourna vers la place du Dragon, la foule n'avait pas fait attention à lui. Il tonna haut et fort :

- Marodians ! toute la foule s'arrêta et le regarda. L'hérésie catholique a infecté le culte des Étoiles ! Le ''pape'' n'a aucune légitimité, pas plus que le ''grand-prêtre'' et ses sbires. Ouvrez les yeux peuple de Marodia ! Reniez l'autorité du ''pape''. Suivez moi, Marodians, moi votre Grand-Prêtre ! Les Étoiles m'ont choisies, suivez moi !

Alors que la foule commençait à clamer au scandale, Eckwan passa sa main droite derrière son épaule du même coté et dégaina Croc-Pâle. Il l'a brandit vers le ciel en criant :

- Suivez moi dans la Lumière et l'Ombre !

A cet instant, la foudre s'abattit sur l'épée pointée vers le ciel, l'éclair parcouru le jeune homme qui resta pourtant en place. Il sentit passer en lui une force incontrôlable, il resta cloué. La force s'en alla aussi vite qu'elle était venue. Eckwan n'avait pas bougé un pouce, il restait à contempler la foule qui restait consternée.

La présence de Vif-Nuit se manifesta :

<< Nous avons senti quelque chose. Tu vas bien, Croc-Pâle ? >>

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Eckwan


Ancien Admin
Les semaines passèrent et chaque jour quelques fidèles de plus osaient venir dans l'Autel. Le nombre demeurait somme toute restreint. Un vieil homme nommé Varel avait demandé à devenir prêtre, il connaissait à la perfection tous les rites et la tenu de chaque cérémonie, Eckwan en était à se demander si cet homme n'avait pas été prêtre par le passé.
Durant cette période le Président Lirel avait quitté la présidence, s'ensuivirent des élections qui, par absence d'opposition, aboutirent à la nomination d'Eckwan au poste de Président. Une semaine plus tard Lirel et ses partisans firent sécession avec la République, et Eckwan laissa la place de Président à Lirel qui avait quelques temps plus tôt démissionné.
Eckwan ne voyait aucun intérêt à cette manœuvre futile, mais avait cédé sa place sans regret ni par défaut.

Après le retour de Lirel à la présidence, l'Empire Rakatas rompit les termes du traité de paix avant même qu'il soit approuvé par l'Assemblée. S'ensuivit une seconde guerre, plus courte que la première. Eckwan avait été mandé par Lirel afin qu'il reprenne le poste de Général. Les batailles se déroulèrent pour la plupart dans la forêt enneigée séparant les deux capitales. Un réseau souterrain Rakatas avait été mis au jour rapidement et avait été pillé. Eckwan Delvain avait en quelque sorte marqué la fin de la guerre en provoquant les Rakatas. Les sommant de se rendre avec l'entièreté de leurs forces dans la forêt afin de l'affronter en personne, lui et sa garde.
Finalement, ne vinrent que l'Empereur et sa garde ainsi qu'un autre contingent d'hommes dirigé par un certain Gostcham. La bataille fut remportée par Eckwan et sa garde, lorsque l'Empereur avait sonné la retraite, ne restait des Rakatas qu'une débandade de soldats partant dans tous les sens.
Du coté Marodian on ne compta qu'un nombre restreint de pertes durant la guerre. Pas même la garde d'Eckwan n'avait subi plus d'une centaine de pertes durant la dernière bataille.

La paix revint avec l'extinction de l'Empire Rakatas et l'annexion de Céloutata et ses environs. La plupart des Rakatas devinrent citoyens de l'Empire, certains partirent voir ailleurs, chercher la tranquillité. L'Empereur mourut peu après, certains affirment qu'il se serait suicidé, d'autres pensent qu'il succomba à la blessure au bras qu'Eckwan lui avait infligé lors de la dernière bataille.

Le ''pape'' semblait plongé dans l'immobilisme le plus total, ses suivants ne semblaient pas se préoccuper d'Eckwan et de ses agissements.
La construction de la citadelle de Gamabal, demeure sur la montagne de la Maison Delvain, avait reprit. La tour centrale était achevée, s'élevant au dessus des nuages, culminant à plus d'une centaine de mètres. La statue à la gloire d'Eckwan Ier le Fondateur - ou le Sournois, ou bien encore le Grand – était érigée, taillée par les meilleurs sculpteurs de la Maison Delvain, passant aux yeux de certains pour être les meilleurs dans ce domaine.
Au sommet de la tour avait été installée un dispositif complexe, pouvant pivoter sur lui-même. Un étrange appareil était fixé sur ce dispositif, un énorme tube de quartz. Des lentilles de verre étaient disposées à l'intérieur du cylindre.
En réalité cet appareil est une lunette – objet méconnu du citoyen lambda – aux dimensions démesurées. Eckwan avait retrouvé dans un livre ancien les plans de pareille machine et l'avait construite. Il avait l'idée de tenter d'observer les étoiles et la lune, ce qui lui fit nommer sa lunette géante, Observatoire.

Des semaines qu'Eckwan épluchait tous les écrits qui lui tombaient sous la main. Achetant, troquant, récupérant par-ci par-là chaque livre qu'il trouvait concernant la science. Il avait rassemblé une trentaine de personnes, animés par la même soif de connaissance. Des alchimistes, des ingénieurs, des redstoneurs. Ils ne cherchaient pas vraiment la connaissance, mais ils cherchaient à comprendre le monde, ses mécaniques, ou bien même à trouver d'autres manières de faire les choses, inventer n'importe quoi pouvant faciliter n'importe quelle tâche.

Eckwan avait divisé les érudits en plusieurs groupes. L'un était affecté à la conception de ce fameux canon censé être capable d'envoyer un projectile explosif à 7 lieues de là. L'Empire n'existait plus, l'utilité de cette artillerie ne serait donc pas immédiate, mais si la République pouvait posséder cette arme de dissuasion...
Un autre groupe était affecté à l'observation des étoiles et de la lune grâce à l'Observatoire.
Un ingénieur avait, avec deux partenaires, démontré que la vapeur sous haute pression possédait une force. Force pouvant être utilisée, selon eux, pour faire tourner des roues par exemple. Une autre alternative à la redstone ? Peut-être...
Le restant des érudits s'était divisé eux-même en groupes, certains cherchaient un meilleur moyen d'irriguer les champs. D'autres voulaient trouver un moyen de voler dans les cieux. Leur première idée avait été d'imiter les oiseaux, ils avaient construits une sorte de deltaplane mécanique. Ce fut un véritable échec, la machine était trop lourde et le jeune homme volontaire pour conduire gisait à présent à coté de sa mère dans le cimetière de Nouvel Ecensor. Paix à son âme.

Eckwan cherchait quant à lui des informations concernant les loups, les légendes concernant les Grands Loups. Il n'avait bien entendu tenu personne au courant, et n'avait laissé à personne le moindre indice pouvant le trahir. Son affinité avec les loups était transparente au point qu'il se demandait si les Étoiles elles-mêmes étaient au courant. Sûrement.


- Rien ! Rien ! Il n'y a sacrément rien !

Le jeune prêtre envoya voler d'un revers de main les parchemins qui s'étalèrent sur le sol.
Il sortit de sa chambre, descendit quatre à quatre les escaliers, ouvrit à la volée la porte d'entrée de la maison, ferma à clef et avança à grands pas dans les rues de Nouvel Ecensor. Il se dirigea vers la Place des Étoiles, ou du Dragon, entra dans la bouche de métro et arriva près des voies. Le Général Marodian prit un wagon et partit en direction de la zone agricole. Arrivé là-bas il reprit un wagon en direction du quartier Ouest.

<< Faudra songer à faire une ligne Place du Dragon – Quartier Ouest. Et une ligne Parlement – Place du Dragon tant qu'on y est. Et pourquoi pas rajouter une station à l'entrée Sud ? >>

Eckwan sortit de la station du quartier Ouest, il prit la première à gauche, et entama une longue marche vers les montagnes tout en marmonnant dans sa barbe. Le peu de passants ne prêtèrent pas attention à lui.
Au train qu'il maintenait il arriva rapidement au pied de la montagne où Navari avait établi son fort, et sa guilde de mercenaires. Deux hommes aux traits rudes armés de lances et de boucliers ronds, montant la garde à l'entrée du chemin menant au fort, fixèrent le Général quand il passa à leur hauteur. Eckwan le remarqua, il s'arrêta, fit deux pas en arrières, et rendit regard pour regard. L'un des gardes, un chauve au casque en cuir n'ayant pas prise sur sa tête, sursauta et détourna ses yeux. L'autre, plus trapu aux cheveux grisonnants sur les bords, soutint le regard du jeune homme. Le garde finit par porter son regard sur les deux épées d'Eckwan, une dans son dos, l'autre à sa droite.
Eckwan leva ses yeux vers le sommet de la montagne, vers la forteresse. Il se souvint alors du cri strident qu'il avait entendu quand la lame de Navari avait touché la sienne.

- Navari, votre… chef, est-il là haut ? commença le prêtre.

Les gardes s'entre-regardèrent et le chauve acquiesça d'un hochement de tête qui fit glisser son casque qu'il rattrapa de justesse. Le Général Marodian passa entre les deux hommes armés avant qu'un seul ne profère un mot. Il gravit les marches rapidement sans s'essouffler. Il atteint la porte d'entrée fermée, solidement gardée par trois hommes du haut des remparts. L'un d'eux s'écria :

- Halte ! Qui va là ?

- Eckwan de la Maison Delvain, Général des forces armées Marodiannes, et Grand-Prêtre auto-proclamé des Étoiles. Je viens voir votre chef, Navari.

L'un des gardes disparu, et celui qui avait parlé scruta suspicieusement le nouveau venu.


HRP : Je te propose Navaaa que nous poursuivions dans ton sujet de RP.

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Eckwan


Ancien Admin
Les rayons du soleils avaient disparus depuis longtemps à l'horizon et ne ré-apparaîtraient pas avant de longues heures. Eckwan et Razal se trouvaient dans la salle de commandement de la citadelle de Gamabal. Ils discutaient ensemble de l'avancée des travaux à Nouvel Ecensor et à Gamabal. La capitale du Royaume changeait petit à petit. De nombreux bâtiments étaient voués à disparaître et une partie n'existait déjà plus. Eckwan avait conçu un plan précis afin d'embellir la ville et d'utiliser efficacement le terrain. Le jeune Roi avait encore du mal à assimiler que Nouvel Ecensor pouvait être si grande alors que plus de la moitié de sa superficie était gaspillée. De nombreux bâtiments vides, peu agréables à regarder étaient répandus dans la ville. L'abandon de ces bâtiments venait du manque de population. Nouvel Ecensor n'était plus ce qu'elle était autrefois. Peu d'enfants parcouraient les rues, ceux de plus de treize ans étaient envoyés travailler afin de garnir plus grandement l'assiette.
Eckwan avait créé la Compagnie Royale de Marodia, société chargée de faire tourner la machine économique du Royaume. De faire du commerce avec les autres nations, faire construire des bâtiments, en faire démolir, et surtout de trouver des emplois pour la population. En l’occurrence, la Compagnie devait plutôt trouver de la main d'oeuvre, le travail ne manquait pas. Le Roi avait même envoyé la plupart de ses ouvriers de Gamabal travailler dans la capitale. Trop de travail, peu de population, une machine économique tournant au ralenti. Sans compter le départ nouveau de la Guilde des Mercenaires, menée par Navari.

Voilà dans quel état était le Royaume. Et celui-ci reposait tout entier sur les épaules d'Eckwan, lui, Eckwan II, Roi de Marodia, Grand-Prêtre et Champion des Etoiles, Seigneur de Gamabal, Chef de la Garde, Chef de la Maison Delvain, et dernier membre de la famille Delvain. Bien entendu, il était appuyé par Razal et Alrik. Ce dernier faisait des merveilles avec l'armée Marodianne. Formant les recrues avec un rude entraînement, disciplinant les troupes, et il menait lui-même toutes les nuits des incursions dans la forêt enneigé entre le Royaume et l'Empire Rakatas. A défaut d'avoir des humains à combattre, Alrik se rabattait sur les créatures des Ténèbres afin de faire profiter les soldats d'une meilleure expérience en matière de combats. L'armée se composait aussi bien de cavaliers que d'infanterie. Les deux ayant tous les deux leur utilité et étant chacun fractionné en spécialités. Ainsi, l'armée Marodianne était composée de cavalerie lourde, légère, d'archers montés, d'infanterie lourde, d'infanterie à armes d'hasts, d'archers, et autres. Cependant, le corps d'élite de l'armée résidait en la garnison de la citadelle de Gamabal. Les Défenseurs de Gamabal. Chacuns et chacunes de ces hommes et femmes fidèles à la Maison Delvain savaient aussi bien combattre à cheval, à pied, manier arc, lance, hache, masse, épée et bâton de combat. Les Défenseurs de Gamabal étaient néanmoins divisés en deux parties. Les Loups d'Argent, majoritaires, et les Loups d'Obsidienne. Les différences résidant dans leur armure et leur expérience. L'équipement des Loups d'Argent était fait d'un acier robuste, poli au point de le rendre brillant, avec certaines parties en argent. Les jeunes personnes ayant terminées leur entraînement et étant admis dans les Défenseurs de Gamabal appartenaient aux Loups d'Argent. Seuls les plus talentueux et les plus robustes ayant acquis une précieuse expérience lors de nombreux combat, finissaient par être admis au rang des Loups d'Obsidienne. Ils abandonnaient alors leur armure blanche pour revêtir l'armure noire. Une armure faite d'obsidienne, une pierre ne pouvant être moulée qu'à des températures extrêmes. Seul un Loup d'Obsidienne talentueux, expérimenté, et doué du sens du commandement pouvait atteindre le sommet, être promu au rang de Seigneur-Capitaine. C'était le cas de Razal Tascath, fils d'un marchand, il s'était engagé dans l'armée royale très tôt, fervent adepte de l'Ancien Culte des Etoiles, et partisan de la royauté, il avait suivi Eckwan jusque dans les guerres contre l'Empire. Et voilà où il en était. L'homme était fier de sa situation, il avait atteint un rang qui surpassait celui de la plupart des nobles, et égalait celui de n'importe quel autre.

Eckwan salua Razal et quitta la salle de commandement. Il rejoignit les escaliers, et monta avec souplesse jusqu'au Grand Temple de Gamabal. En gravissant les marches il croisa un jeune garçon en chemise grise, aspirant à devenir un Défenseur, qui écarquilla les yeux lorsqu'il reconnut le Roi. Il prit ses jambes à son cou aussi vite qu'il finit sa brève inclination de tête. Le Grand Prêtre arriva sous la voûte de quartz soutenue par des colonnes. Il avança jusqu'à l'autel, le contourna, et alla directement au grand vitrail, représentant une étoile formée d'une multitude d'étoiles, se tenant derrière l'autel. Eckwan contempla de là où il était la ville de Nouvel Ecensor. Il voyait une troupe de soldats à pied retournant vers leur baraquement. Sans aucun doutes étaient-ce les hommes qu'Alrik avait cette nuit mené dans la forêt.
Malgré le soutien de Razal et d'Alrik, et la présence constante de la meute des loups dans sa tête, il se sentait seul et incroyablement vide. Tout ce poids sur ses épaules l'accablait. Il n'en montrait rien en public, devant tout le monde il restait de marbre face aux événements négatifs, tant et si bien que personne n'aurait put se douter que ce devoir le pesait. Il avait besoin de se décharger, vider son sac, et besoin de repos. Malheureusement, il n'avait ni le temps de se reposer, ni les moyens de se décharger mis à part faire couler silencieusement quelques larmes. Ce qu'il faisait présentement. Regardant la capitale endormie, il laissait quelques larmes courir le long de ses joues.
Aucun son ne venait troubler le calme du Grand Temple jusqu'à ce que des bruits de pas parvinrent jusqu'aux oreilles du Roi. Celui-ci coupa court aux larmes, essuya ses joues en plaquant ses deux mains dessus. Rien n'aurait put dire qu'il avait pleuré. Il se retourna alors que la personne émettant les sons arriva sous la voûte. Une femme entre vingt et trente ans aux cheveux roux, en tunique verte, un poignard à la ceinture. Eckwan connaissait son nom, Orade, elle était une des prêtresses du Grand Temple, elle savait manier des poignards et couteaux aussi bien qu'elle connaissait toutes les cérémonies et rites.

Eckwan se dirigea vers les escaliers, il arriva rapidement à la hauteur de la prêtresse, et, la contournant, la salua comme se saluaient les prêtres prêtresses :

- Puissent les Etoiles vous être attentives.

Au lieu du retour de salut qu'il pensait devoir entendre, la femme répondit :

- Passez une douce nuit, mon Roi.

L'intéressé s'arrêta brusquement à ces mots. Il tourna le regard vers elle et la contempla un bref instant. Il eut un froncement imperceptible de sourcils avant de faire jouer Foudre-Lame dans son fourreau à son coté droit. Il se retint de porter sa main droite à la poignée de Croc-Pâle saillant au dessus de son épaule. Ce n'était pas normal. Que faisait-elle ici à cette heure précise où l'endroit était normalement désert ? Et pourquoi ces paroles ? D'habitude les prêtres et prêtresses s'ignoraient, sauf dans les cérémonies et rituels, mais tout se passait avec solennité. Et il n'était pas rare que les prêtres soient éveillés la nuit, mais jamais à cette heure, et ils se trouvaient encore moins ici. Ce n'était... pas... normal...

Un geste vif derrière lui attira l'attention d'Eckwan qui se retourna, dégainant ses deux épées, Croc-Pâle dans sa main droite, Foudre-Lame dans la gauche. Il écarta vivement avec cette dernière la lame qui plongeait vers sa poitrine. De la droite il enfonça son épée donnée par les Etoiles dans le ventre de l'assassin qui s'effondra ensuite sur le sol, son couteau produisant un son clinquant en tombant de sa main. Le Roi reconnu le meurtrier, c'était le jeune garçon qu'il avait croisé en montant vers le Grand Temple. Alors qu'il allait se pencher pour ramasser le couteau, il se releva brusquement. Couteau... Il fit volte-face et découvrit la prêtresse avec un poignard dans chaque main. Arrêtée dans son bond. Mais était-ce pour tuer l'assassin ou pour le tuer lui ? La femme rengaina un poignard dans son fourreau tandis que l'autre disparaissait, apparemment dans une manche. Avant même qu'il ne put dire un mot, elle s'enfuie en courant dans les escaliers.

Eckwan resta planté là un instant. Il remit dans leurs fourreaux ses épées et se pencha vers le cadavre qui gisait sur la pierre froide derrière lui. Il prit l'arme, la retourna dans ses mains et fronça des sourcils avant de se saisir du cadavre d'un bras robuste. Il redescendit les escaliers, entra dans la salle de commandement. Razal était en train de lire un message quand le Roi entra, jetant le corps raide sur la table, il planta l'arme dans le bois de la surface plane, juste devant Razal.

- Ceci t'appartient, n'est-ce pas ?

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Eckwan


Ancien Admin
Alors que deux gardes se postaient derrière leur Seigneur Capitaine, l'épée au clair, prêts à emmener le traître au cachot sur ordre du Roi, Razal observa un instant le couteau avant de déclarer :

- Je pense que tu es assez intelligent pour savoir que si j'avais voulu te tuer, je n'aurais pas donner à l'assassin engagé une arme qui est liée à moi directement.

- En effet, cependant j'attends de voir que ton poignard est bien à ta ceinture comme il devrait l'être.

Le Seigneur Capitaine acquiesça d'un hochement de tête avant de porter une main à l'arrière de sa ceinture, il ressortit un couteau qu'il planta à coté de l'autre. Les deux armes étaient identiques. Eckwan fit un signe de tête négatif aux deux soldats qui rengainèrent leur épée avant de revenir à leur poste contre la porte menant aux baraquements.

- Bien, nous allons donc devoir mener une enquête. Pour commencer, connais-tu ce jeune garçon ?

Razal resta pensif un moment :

- C'est un gamin qui aspirait à devenir un Défenseur, il a commencé l'entraînement il y a quelques mois. Je connais rien d'autre sur lui, si ce n'est qu'il aurait fait un bon élément... Dans les cuisines...

Le jeune Roi haussa un sourcil, décidément, il ne comprenait pas comment son ami pouvait avoir un tel humour dans pareille situation.

- Essaye d'en savoir plus sur ce gosse. Et pour le poignard, où as-tu eu le tien ?

- Dans une taverne, une serveuse qui avait bu, elle brandissait ce couteau comme si c'était le symbole d'un triomphe quelconque. Je lui avais pris avant qu'elle ne blesse quelqu'un.

Eckwan fronça des sourcils.

- Une taverne ? Quelle taverne ?

- Aucune idée, j'avais vingt ans et pas qu'une bouteille d'hydromel dans le crâne. Tu devrais visiter les tavernes dans le quartier d'Autrerive. La serveuse avait les cheveux bruns, pas maigre, une trentaine d'années, et la poitrine assez généreuse.

- Bon, ça ira. Occupe toi de rassembler des informations sur le gosse. J'irai voir toutes les tavernes d'Autrerive demain.

<< Et je chercherai aussi la prêtresse. >> finit-il pour lui même.


Eckwan salua son ami avant de sortir, suivi d'un Défenseur en armure noire. Le bruit qu'on avait tenté d'assassiner le Roi se répandait déjà, et nul doute que les Défenseurs n'accepteraient pas que leur suzerain vagabonde sans protection. Inutile d'insulter toute la citadelle de Gamabal et de renvoyer le garde.

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Eckwan


Ancien Admin
La cité de Nouvel Ecensor était encore baignée dans la brume matinale quand Eckwan, accompagné d'un Défenseur en armure noire, sortit d'une taverne d'Autrerive et se remit en selle sur Vilamme. Le claquement des sabots ferrés sur les pavés de l'avenue lorsqu'il s'éloigna fut le seul bruit qui dérangeait ce début de journée. Les deux hommes avaient croisés seulement quelques soldats et citadins qui se déplaçaient dans la ville via les ruelles. La capitale autrefois grouillante de vie était pour ainsi dire, morte. Le Roy secoua la tête, peu importait le nombre de personnes, ce qui comptait c'était les personnes elles-mêmes.

Le Défenseur déclara :

- Il reste encore quelques tavernes que nous n'avons pas visité, mon Roy.

Eckwan acquiesça de la tête en pressant sa monture.

Les deux cavaliers traversèrent une autre rue pour déboucher devant une place nouvellement construite. Quatre fontaines aux coins, une plus grande au centre et une statue sur celle-ci, avec des motifs travaillés en quartz sur le sol de la place. L'architecte qui l'avait conçue était l'un des architectes de la Maison Delvain. La statue représentait un soldat brandissant de la main gauche l’étendard du Royaume. Eckwan soupira quand il se reconnut dans les traits du soldat qui portait de surcroît une couronne semblable à la sienne. Le Roy n'eut pas le temps d'émettre une remarque à propos de la statue que son garde lui indiqua en face une taverne en pleine activité. Les cavaliers se dirigèrent vers la bâtisse en bois et pierres sur laquelle était accrochée une enseigne avec simplement écrit : ''A la Brune généreuse''.

Le Roy et Grand-Prêtre attacha son hongre noir à l'un des poteaux destinés à cet effet. A peine eut-il entré dans la taverne que ses narines furent assaillies par des effluves d'alcool et d'herbe à pipe. Des soldats, marins, fermiers et autres citadins étaient regroupés là. Tous riaient, buvaient et parlaient fort. Bien qu'ils n'étaient pas nombreux, la taverne s'animait d'une activité qui contrastait avec celle de la capitale. Eckwan aperçut au fond de la salle principale une femme à la poitrine nue s'éclipser dans une autre pièce avec un homme qui n'avait plus tous ses esprits. Le tavernier, un homme filiforme au gros nez s'approcha, se frottant les mains, pensant sans doutes pouvoir faire de nouveaux profits. L'homme les aborda :

- Que puis-je pour vous, messieurs ? Nous avons de la bière, de l'hydromel, du pain ou de la viande. Vous trouverez sans doutes ce que vous cherchez, sauf du vin ! Le vin c'est bon pour ces sacrés bourgeois et nobl... le tavernier s'arrêta net.

L'homme au gros nez venait de remarquer l'armure noire que portait le garde d'Eckwan. Les yeux du tavernier se reportèrent sur ce-dernier, le décrivirent en détails, se posèrent sur l'emblème de l'épaulière, sur les gardes des deux épées, revinrent sur le visage. L'homme béat, la stupéfaction se lisait sur sa face. S'il avait put comparer la statue sur la place en face avec le nouvel arrivant, nuls doutes que cela n'aurait fait que confirmer ce qu'il savait déjà. Avant que le tavernier ne puisse prononcer un mot, Eckwan déclara simplement :

- Je cherche une femme. Une serveuse aux cheveux bruns, d'une trentaine d'années peut-être.

Le tavernier resta un long instant la bouche ouverte avant de la refermer et d'hocher de la tête, se confondant en révérences mal exécutées :

- Oui, bien entendu mon Seign... mon Roy. Mon Roy veut-il parler de Jasina ?

Le gaillard appela et une serveuse bien en chair à la robe marron et au tablier blanc tâché, aux cheveux bruns en chignon, s'avança d'un pas étonnamment léger et adressa un regard interrogateur au tavernier. Avant que l'un des deux ne puisse dire mot, Eckwan présenta un poignard à la femme :

- Reconnaissez vous cet objet ?

La serveuse, Jasina, s'exclama en empoignant l'arme et en la glissant à sa ceinture :

- C'est à moi ! elle pointa son index vers le Roy. C'est ce saligaud de Razal qui vous envoie ? Ce gredin n'a même pas eu les tripes de venir lui même me rapporter ce qu'il m'a volé ! Dîtes lui qu'il me doit encore une trentaine de deniers ! Et qu'il vienne me les apporter lui-même. A moins que vous ne soyez aussi là pour payer sa dette. Dans ce cas enfilez une robe et un tablier et remplacez moi !

Eckwan et le Défenseur restèrent de marbre face à un tel discours. Le soldat d'élite avait empoigné la poignée de son épée qui saillait au dessus de son épaule gauche. Le tavernier se courba gauchement :

- Pardonnez la mon Roy. Elle manque cruellement de tenue.

***

Le sceau à tête de Loup de la Maison Delvain s'imprima dans la cire mauve chaude, scellant le papier replié sur lui même. Eckwan tendit la missive à un homme au visage creux, revêtu de l'armure blanche des Défenseurs d'Argent de Gamabal. Au dessus du sceau était écrit en caractères noirs sur blanc : ''Amiral Varim Malvick''. L'homme en armure s'en alla après une brève inclination de tête.
Le Roy soupira en s'adossant contre le dossier de son siège massif en bois. L'enquête sur la tentative d'assassinat n'avançait pas. La piste du coté de la servante n'avait mené à rien, et les informations que Razal avait recueilli à propos du garçon étaient inexploitables. Pour couronner le tout, Orade, la prêtresse présente lors de la tentative d'assassinat, avait tout simplement disparu. Elle semblait s'être volatilisé. Sa chambre dans les quartiers des prêtres et prêtresses de la citadelle de Gamabal était vide d'affaires, comme si personne n'y avait habité depuis des mois.

***

Le ciel était noir et ponctué de petites étincelles blanches quand la troupe de cavaliers sortit des murailles du centre-ville. Les soldats aux couleurs de Marodia passèrent dans un concert de cliquètements et claquements dans les rues, ils dépassèrent les champs du Nord et la muraille dressée à l'époque de la République. La troupe poursuivit sur la route menant à Céloutata un moment avant de virer à gauche et de pénétrer dans la forêt qui bordait des deux cotés la voie. La patrouille avançait au pas, quelques soldats de la Garde de Nouvel Ecensor avaient encochés une flèche à leur arc, tandis que les autres caressaient la poignée de leur épée. Tous scrutaient les environs, comme s'ils s'attendaient à apercevoir quoi que ce soit dans cette obscurité.
Bien sûr Eckwan n'avait pas de problèmes pour voir, il distinguait toujours comme en plein jour, hormis le simple fait qu'il ne voyait pas dans la pénombre les couleurs. Depuis cette nuit qui l'avait changé, qui avait rendu ses yeux dorés, qui lui avait permis de dialoguer avec les loups, il distinguait tout avec plus de netteté. Quoique l'amélioration de ses sens était bien infime, sauf pour sa vision.
Le Roy observait les arbres pendant qu'il cheminait sur Vilamme, son étalon d'un noir d'encre équipé d'une armure de la même couleur que la robe. La main gauche tenant fermement les rênes, la droite empoignant la poignée de CrocPâle[i] qui saillait au dessus de son épaule du même côté. [i]FoudreLame reposait dans son fourreau, sur son côté droit. Le Grand-Prêtre et Roy avait son arc court de guerre en bois d'if, PerceCrève, en bandoulière et un carquois plein sur le flanc gauche.
A sa gauche chevauchait Alrik, aux cheveux blancs, et à la face dure divisée en deux par une balafre la traversant de part en part et dont la moitié gauche du visage n'était plus qu'une énorme cicatrice lui recouvrant jusqu'à une partie du cuir chevelu. La brûlure était un souvenir de la reprise de Nouvel Ecensor, à l'époque où Claw Sikorski s'était auto-proclamé Président de la République. La balafre, Eckwan ne savait pas quelle en était la cause, mais, chose sûre, elle était plus âgée que le Roy. En tous cas, Alrik, désormais Général de l'Armée Marodianne, était un homme juste, un vétéran qui avait vu plus de batailles qu'on ne pouvait en compter, c'était un redoutable bretteur doublé d'un bon commandant. Eckwan se savait être lui-même un bon escrimeur, mais il n'aurait pas parié qu'il remporterait un duel contre le Général.

Pendant une longue heure la troupe d'une vingtaine de Gardes progressait dans la forêt n'émettant pas plus de bruit que nécessaire. Le Roy avait décidé de participer à cette patrouille, afin de constater de part lui même les fruits de l'entraînement des Gardes. Alrik menait lui même toutes les nuits une patrouille hors de la ville. Un très bon entraînement pour les soldats disait-il, et c'était vrai. Lorsqu'il n'y a pas d'ennemi humain à combattre, il reste toujours les Créatures des Ténèbres.
Comme si penser à elles fut un déclencheur, le croassement d'un corbeau se fit entendre, puis une flèche siffla et se ficha dans l'encolure d'un cheval brun qui hennit et se cabra, faisant tomber de sa selle le Garde qui le montait. Alrik dégaina d'une main son épée de guerre -tenue à deux mains par le commun des soldats- et faisant tournoyer la lame au dessus de sa tête, il hurla des ordres :

- Epées au clair, Gardes de Nouvel Ecensor ! En cercle !

Dans un sifflement de lames dégainées les Gardes s'exécutèrent. Eckwan raffermit sa prise sur CrocPâle qui n'émit pas un seul bruit en sortant de son fourreau. D'autres flèches surgirent de la pénombre et s'abattirent sur un mur de bouclier formé par les soldats. Des bruissements très rapides de pattes sur la terre furent les seuls avertissements pour les autres hommes de l'arrivée d'araignées géantes. Le Roy, lui, voyait bien ces créatures, ainsi que les squelettes ambulants armés d'arcs plus loin. Les arachnides se ruèrent sur la troupe, se jetant sur les cavaliers qui tombèrent de selle pour la plupart. Les épées rencontrèrent les mandibules, les pattes. Une pluie de flèches venant de nul part s'abattait régulièrement sur le cercle de soldats. Les bestioles noires poussaient des sons stridents, les montures des cavaliers hennissaient, et comme en réponse aux sons aiguës, les hommes hurlaient des cris de guerre comme ''Marodia ! Marodia !'', ''Nouvel Ecensor !'', ou bien encore ''La Garde tient bon !''. Ce dernier cri poussé avec un entrain si faible qu'il faisait pâle figure avec ce qu'il signifiait autrefois. Eckwan, encore sur son hongre, était aux prises avec une créature ayant perdu trois pattes, et hurlait sa devise, celle de la Maison Delvain et qui était inéluctablement son cri de guerre :

- Jamais ne ploie ! Jamais ne ploie !

Le cavalier rajoutait parfois un ''Pour Marodia !'' ou un ''Pour le Royaume !''. Lorsqu'il cria soudain ''Pour la Reine !'' le Roy eut une pensée ressemblant au sentiment qu'il y avait là un problème dans ses paroles, mais elle fut vite oubliée, engloutie par la bataille.

Une araignée se jeta depuis la branche d'un pin sur le Roy qui s'effondra sur le sol avec elle. Un ''Le Roy est à terre !'' sortit de la bouche d'un des Gardes qui luttait les deux pieds au sol. Alors que le cri était repris chacun son tour par les soldats, Eckwan couché sur le dos, sentit les mandibules de la créature velue s'attaquer à son visage. L'arachnide fut soudain écartée et clouée au sol par l'épée de guerre d'Alrik. Le Roy se releva en hâte, la figure en sang, il était blessé à de multiples endroits, comme tous les soldats présents, mais il avait vaguement l'impression que quelque chose clochait. Il dégaina de la main gauche FoudreLame qui était restée dans son fourreau et ramassa de la droite CrocPâle. Le Roy se jeta dans la bataille, se joignant aux Gardes dans cet affrontement, combattant de ses deux lames, dans une danse d'acier découpant la chair.

La patrouille lutta pendant un temps qui aurait put être des heures comme il n'aurait put être que quelques minutes. Finalement un dernier squelette ambulant explosa en éclats d'os et plus aucune flèche ne fusa, plus un bruit de combat ne se fit entendre. Seulement les gémissements des hommes blessés gisant à terre, se relevant péniblement ou s'appuyant sur un arbre pour ne pas tomber. Alrik donna ses ordres :

- Rassemblez les soldats, faites le compte des hommes selon la procédure. Ramenez les chevaux et faites aussi le compte, alors que quelques Gardes s'exécutaient, le Général se tourna vers le Roy. J'ai connu plus d'un homme qui a été dans votre cas. Tous n'ont pas eu la chance que quelqu'un les débarrasse de l'araignée. Il n'en restera que des cicatrices apparentes sur le visage quoique pas envahissantes. Sauf pour ce qui est de votre œil bien sûr.

Alors qu'Eckwan, qui avait rengainé ses épées, fronçait carrément des sourcils, ne comprenant pas la dernière phrase, un des Gardes, borgne, courbé contre un tronc dit d'un ton rassurant un peu faussé par la crispation de ses muscles :

- On s'y fait, vous verrez, il acheva en désignant le cache-œil de son orbite droit.

Ce fut un choc, le Roy prit soudain conscience de ce qui clochait. Il porta vivement une main à son œil gauche. Ses doigts rencontrèrent un creux mou, visqueux et ensanglanté. Son œil gauche était toujours là, mais hors d'usage, à moitié dévoré. Il eut conscience de toute la douleur qui lui parcourait le corps, de chaque filet de sang qui coulait de chacune de ses plaies. La douleur se déversa en lui comme un torrent d'eau retenu par un barrage qui vient de céder. Eckwan cilla et dû s'appuyer à un arbre pour que ses jambes ne se dérobent pas sous lui.
Les Gardes revinrent au rapport. Sur les vingt soldats, il n'en restait que cinq blessés ''légèrement'', trois blessés gravement mais pouvant marcher, quatre trop blessés pour marcher, deux à l'agonie, et six morts. Sur les vingt-deux chevaux n'en restait plus que neuf pouvant porter quelqu'un, dont les montures d'Eckwan et d'Alrik. L'armure de l'étalon noir l'avait protégé en grande partie, cependant, la monture du Général n'avait pas plus d'armure que son cavalier. Et aucun n'était très gravement blessé, le Roy se demanda s'il existait un secret connu d'eux seuls. Le reste des hongres était introuvable ou bien mort.
Finalement, la patrouille prit le chemin de Nouvel Ecensor, les plus proches amis des deux hommes à l'agonie avaient abrégés les souffrances des braves gaillards. La ville était malheureusement trop loin pour qu'ils puissent survivre jusque là. Les soldats incapables de marcher furent hissés sur quatre montures, sur les cinq autres chevaux la troupe chargea les cadavres des Gardes. Les autres guidaient à pied les bêtes, la charge de l'équipement des morts et invalides répartie entre eux.
Eckwan ouvrait la marche avec Alrik, les deux hommes tenant par la bride leur étalon qui transportait chacun un blessé. Le Roy maintenait fermement contre son dos la grosse pièce de tissu qui contenait une armure complète et deux épées, le tout cliquetant en se ballottant à chaque pas.

Le cortège revint ainsi lentement vers la capitale et entra dans la cité alors que le soleil était encore invisible.
***

Une semaine auparavant la République Populaire de Tricomin avait renié le Culte des Étoiles. République Populaire, oui, le fondateur de Tricomin, Timon -descendant du Duc Timon du Frilanka- avait fait son coup d'état. Il avait proclamé la République Populaire, et en prit les rênes. Et ce, sans effusions de sang, tous les Tricominiens l'avaient accepté comme Leader de la nation.

Quelques jours étaient passés depuis qu'Eckwan Delvain était revenu de la patrouille où il y avait laissé son œil gauche. Plusieurs cicatrices étaient disséminées sur son visage, une fendant sa bouche, une seconde se voyant à peine sur le nez, une autre naissait au dessus de son arcade sourcilière gauche et descendait à mi-joue, traversant les paupières gauches maintenues closes par quelques points de sutures ne se distinguant même pas. Le reste des marques était éparpillé sur les joues. Un bon nombre de personnes l'auraient qualifié de défiguré, mais ce n'était rien comparé à Alrik, et de toute façon, Eckwan se moquait de son apparence. Il ne voyait en ces cicatrices qu'un souvenir, un rappel -certes inutile- que tout le monde meurt un jour.

Ce qui comptait présentement était Bratisqueur. En effet, Tricomin ayant renié le Culte des Étoiles, cela avait entraîné inéluctablement une guerre. Eckwan en tant que Grand-Prêtre avait appelé les fidèles à la Guerre Sainte. Entraînant le Royaume de Marodia et le Duché de Sharagon en conflit armé avec la République. Celle-ci avait envoyé en direction de Sharagon un navire de guerre stoppé à temps par le Duché et le Royaume. En réponse à cela, les alliés avaient préparés une riposte et il fallait désormais la mettre en œuvre.

Depuis le pont supérieur du navire de transport, le Roy revêtu de son équipement de guerre observait les murailles sur la rive en face. Bratisqueur, petit bourg fortifié de la République Populaire de Tricomin, dirigé par son fondateur, un certain Lode Var', anciennement membre du Conseil de Tricomin et actuellement Amiral de la flotte républicaine.
Lirel Toron avait débarqué quelques jours auparavant assez loin du bourg avec ses troupes Sharagonnaises. De son coté, le Roy de Marodia menait une plus petite troupe, des Défenseurs de Gamabal au nombre de cinq cents, et pour cette opération, ils n'avaient pas leur chevaux ce qui ne posait aucun problème puisque les Défenseurs constituaient l'élite Marodianne, entraînés au maniement de toutes les armes, à se battre à terre ou à cheval.
Les cinq navires de transports heurtèrent la rive, les pans de bois basculèrent et avec fracas ils s'abattirent sur le sol. Bientôt, les Défenseurs lançaient déjà des grappins vers le haut des murailles et commencèrent l'ascension. Eckwan entra avec ses huit cents hommes dans l'enceinte du bourg, balayant les quelques gardes républicains qui étaient postés là. Les bruits familiers aux batailles se faisaient déjà entendre. Les Sharagonnais avaient eux aussi passés les remparts -quoique peut-être pas de la même façon que les Marodians- et ils étaient aux prises avec la garde de Bratisqueur. Les deux armées luttaient à forces égales, désertant les murailles et se battant dans l'enceinte.

Le Roy s'élança en avant sans piper mot et la troupe suivit sans prononcer une seule syllabe. Il fallait minimiser les bruits et arriver dans la bataille comme un loup bondit sur sa proie. Les Marodians arrivèrent à deux cents toises de la bataille. Soudain une trompette Tricominienne signala l'arrivée d'une troupe de peut-être quatre cents cavaliers. La cavalerie barra la route des Défenseurs et les chargea. La troupe était menée par le Leader Timon au vu des bannières. Une petite mise en bouche qui courrait droit à sa perte. Eckwan saisit PerceCrève, son arc de guerre, et encochant une flèche il cria :

- Lames au clair ! La Défense est solide ! Sonnez les Cors ! cette première partie fut reprise par les soldats, étant le cri de guerre de la Défense de Gamabal, et les Cors de la Défense émirent leur musique. Hallebardiers, en ligne devant ! Le reste à vos arcs !

Les officiers répétèrent les ordres, et rapidement une ligne d'une centaine de Défenseurs formait une ligne devant, brandissant leurs hallebardes vers la charge de cavalerie qui approchait. Le Roy se retrouva derrière la ligne avec le reste des troupes, tous bandant leur arc et lâchant la corde. Les quatre centaines de flèches s'élevèrent dans les airs et s'abattirent dans un sifflement sur les cavaliers républicains qui chargeaient à bride abattue. Et c'est déjà diminuée que la troupe républicaine s'écrasa contre le mur de Défenseurs. Les cavaliers s'empalant eux et leur monture dans les lames et piques des hallebardes. Le mur des soldats s'ouvrit en quelque sorte, et le reste des Marodians menés par Eckwan se déversèrent dans la débandade de cavaliers.
Rapidement sur les quatre cents soldats montés n'en resta plus qu'une vingtaine qui prit la fuite toujours menée par le Leader Timon. Du côté Marodian, il n'y eut aucune perte mais quelques blessures légères. Les républicains s'étaient littéralement empalés contre les armes d'hast.

Tout effet de surprise était à oublier désormais. La garde de Bratisqueur continuait la lutte contre les troupes Sharagonnaises mais était visiblement au courant de la présence des Marodians, à manœuvrer comme ils le faisaient afin de ne pas être pris sur deux fronts. Il y avait beaucoup de pertes des deux côtés, peut-être y avait-il un léger avantage dû au terrain pour les républicains.
Jetant un regard à la fuite des cavaliers, Eckwan se demanda combien de temps il allait falloir au Leader pour gagner Scarpe'Tim et envoyer du renfort.
Le Roy scinda sa petite armée en deux, pendant qu'il menait la plus grosse partie vers la gauche afin d'acculer les républicains vers les remparts, l'autre groupe rejoignait les Sharagonnais.

Après plusieurs heures de lutte, la garde de Bratisker fut forcée de lever la herse Sud et de sortir de l'enceinte des murs. L'armée Sharagonnaise toujours menée par Lirel les suivit, reprenant le combat à fores égales. Eckwan resta dans les murs avec les Défenseurs. Lorsque les renforts de Scarpe'Tim reviendraient, ils allaient sans doutes occuper le bourg, et si un trop grand nombre de soldats républicains était présent sur les murs, il serait moins aisé pour les royalistes de re-pénétrer à l'intérieur. Le Roy dispersa ses troupes sur les murailles, prêt à accueillir les renforts envoyés par le Leader.
Finalement, c'est une armée de trois milles cavaliers exténués chevauchant à bride abattue, sans doutes depuis Scarpe'Tim, qui fut en vue. Les soldats montés semblaient désorganisés mais ils foncèrent en une masse compacte non pas sur Bratisqueur mais vers la bataille opposant les Sharagonnais à l'armée de Load Var'. Eckwan hurla immédiatement ses ordres, repris par les officiers :

- Rassemblez les troupes ! Ouvrez la porte Sud, levez la herse ! Tout le monde devant les murs !

Rapidement les Défenseurs furent tous devant le rempart et foncèrent vers la bataille qui se déroulait à quatre centaines de toises de là. Tout en courant au devant de ses troupes, le Roy et Grand-Prêtre calcula et estima qu'ils n'atteindraient pas la bataille avant les cavaliers. En revanche, ils pouvaient attirer l'attention de la marée de républicains montés et la ralentir.

- A vos arcs !

Le son grave des Cors de la Défense de Gamabal retentit accompagné d'une poussée de cris, juste avant qu'une pluie de cinq cents flèches ne s'abatte sur les quelques trois milles cavaliers républicains. Lesquels s'arrêtèrent nets. Les traits meurtriers avaient fait leur effet. Pendant que la bande désorganisée d'hommes montés ne semblait plus où donner de la tête, les Marodians se postèrent entre la bataille et la masse de chevaux et d'hommes. D'ici, Eckwan distinguait l'équipement des cavaliers. Des plastrons dépareillés, des jambières cabossées, des casques rouillés, des épées de toutes tailles, des armes d'hasts mal tenues, des haches de bûcherons, des boucliers en vieux bois ou parfois des rondaches à moitié détruites.

<< C'est donc ça la redoutable armée de Tricomin ? >> pensa le Roy. << Pitoyable. Même la garde de Bratisqueur est mieux équipée. Et ne parlons pas de la discipline. >>

La présence dans sa tête de la meute des loups se manifesta, ils parurent rire de cette remarque. Eckwan les tenait au courant de chacun de ses déplacements. Malheureusement, ils ne pouvaient pas l'aider en éclaireur ici, leur territoire n'allait pas jusqu'ici. Et pour pouvoir communiquer avec d'autres loups, il lui fallait d'abord avoir un contact physique. Et une fois le lien établi, impossible de le rompre. Eckwan n'était pas sûr qu'il aurait voulu avoir une autre meute de loup dans la tête même pour lui servir d'éclaireurs ici. La simple idée que toutes ses pensées étaient connues d'autres le rendait mal à l'aise. D'autant plus qu'il avait encore du mal à admettre ce dont il était capable.

Les cavaliers républicains n'eurent plus à se décider, désormais, les Marodians comme la bataille étaient dans la même direction. La marée déferla sur les royalistes. Ces-derniers répétèrent la même action que dans Bratisqueur. Les hallebardiers devant, les autres derrière tiraient leur flèches jusqu'à l'impact. Les Défenseurs bien qu'en infériorité numérique n'eurent pas de mal pour tenir tête à la masse de soldats montés désorganisés, mal équipés, sans oublier que cavaliers comme montures étaient exténués. Le mur des hallebardiers s'ouvrit, les Marodians heurtèrent les Tricominiens. Eckwan dansait avec ses deux épées, tranchant les jambes des cavaliers, les faisant tomber à terre et les achevant en leur coupant la gorge.

La masse de cavaliers commença après un certain temps à se disperser, tournant bride, se retournant, tentant de prendre la fuite. Les Défenseurs ne leur laissèrent pas de répit. Ils les harcelèrent du mieux qu'ils le purent sans chevaux, les abattirent à l'arc. Finalement seul le quart de la cavalerie put s'enfuir, s'égayant sur la route de Scarpe'Tim. Pendant que les Marodians avaient coupés la route aux renforts Tricominiens, la garde de Bratisqueur avait réussi à regagner ses remparts.

Finalement, les Marodians et Sharagonnais emportèrent leurs blessés et s'en retournèrent par leurs navires de transports vers leur patrie. Du côté des alliés comme de Tricomin les pertes furent lourdes et après cet affrontement, il n'y en eut plus aucun jusqu'à ce qu'Eckwan, le Grand-Prêtre, rappelle la Guerre Sainte. Sur les cinq cents Défenseurs que le Roy avait emmené, trois cents revinrent avec lui. Des Défenseurs d'Obsidienne, tous revint sauf quelques uns. Moins de pertes que du côté de Sharagon ou Tricomin.

<< Après tout, c'est de l'élite de Marodia dont il est question. >> pensa le Roy avec un brin de fierté.

Ce à quoi les loups répondirent par des rires. Eckwan songea qu'il ne comprendrait décidément jamais l'humour des loups, ce qui eut pour effet de soulever d'autres rires. Le Roy leva mentalement les bras au ciel.

***

Une semaine après la fin de la Guerre Sainte, deux mois s'étaient écoulés depuis l'envoi de la missive royale à Varim Malvick, Amiral de la flotte Marodianne, et Capitaine du vaisseau amiral Le LonguePince et de son navire personnel Le Vandale.

Sur les quais du port de Nouvel Ecensor, baptisé ''Port Malvick'' -à l'honneur de celui qui avait conduit Le LonguePince durant l'Exil- le Roy de Marodia salua d'un signe de main le navire qui quittait la baie et se dirigeait vers le lointain. Le Vandale partait, sur ordre royal, pour ne revenir que dans un an ou plus. Lorsque le vaisseau fut éloigné, trois canons sur son bâbord crachèrent le feu, trois coups de canons, trois explosions qui soulevèrent les acclamations de la foule qui s'amassait sur les quais.

Eckwan sourit bel et bien, c'était bon de voir que Nouvel Ecensor reprenait vie, le Royaume dans son intégralité semblait renaître. Le Duché de Sharagon s'était vassalisé un mois plus tôt au Royaume, puis ce fut au tour de l'Empire Rakatas. Cela restait du jamais vu, quelqu'un se voulant être Empereur s'agenouiller devant un Roi, et se rétrograder délibérément au rang de Duc. Délibérément, oui, Lirel Toron et Claw Sikorski s'étaient volontairement vassalisés au Royaume. Il n'y eut point de menaces, ni eut besoin de l'usage de la force. Les premières nations du Nouveau Monde s'étaient regroupées sous une seule bannière, afin d'en ressortir plus fort, propulsant incontestablement le Royaume au rang de puissance mondiale. Marodia pouvait désormais de nouveau viser la place de première puissance actuellement libre. La République Populaire de Tricomin parlait de l'impérialisme Marodian pour désigner ces deux vassalisations. Certains Tricominiens affirmaient aussi que Marodia les craignait. Qu'ils croient ce qu'ils veulent, qu'ils soient certains de leur dominance, ou qu'ils soient sûrs d'inspirer la crainte si cela leur chante, leur écroulement n'en serait que plus grand.

Le Roy contempla un instant le navire qui voguait vers l'horizon. Le Capitaine Varim Malvick était un homme intelligent, il savait ce qu'Eckwan attendait réellement de lui. Le gaillard connaissait aussi sans doutes ce que personne d'autre ne savait. Il y a quelques années de ça, Eckwan, pas encore Roy, s'était demandé pourquoi on ne trouvait nul part le trajet de l'Exil. A croire que personne n'avait cru bon de le noter. Varim l'avait sans doutes fait.

***

La cité de Nouvel Ecensor était endormie, les quelques torches accrochées aux façades des bâtisses semblaient être des lucioles. La partie extérieure de la citadelle de Gamabal, forteresse de la Maison Delvain, surplombait du haut de sa montagne la ville. Depuis les murailles de la citadelle, Eckwan était comme un aigle dans son nid. Le Roy avait un sentiment de devoir, comme s'il devait veiller sur la capitale et ses habitants.
On pouvait presque tout voir de la capitale depuis la citadelle. Dans le quartier d'Autrerive les maisons vétustes et abandonnées avaient été démolies, laissant de la place pour d'autres bâtiments.
S'appuyant d'une main contre un des créneau, il caressa machinalement de l'autre la poignée de FoudreLame qui reposait dans son fourreau à son côté droit. Cette épée dont le pommeau était en réalité une sculpture en bronze de tête de dragon. L'épée des Roys de Marodia. Cette épée dont s'était servi son oncle, Eckwan Ier, à maintes reprises. Une épée qui avait été parmi les plus solides de l'époque, et qui pouvait encore rivaliser de robustesse avec les lames actuelles. Une arme qui avait abattu le tyran Matimat, qui avait pourfendu plus d'un homme, Troll ou Créature des Ténèbres. Le Roy se détourna du spectacle qu'offrait la cité endormie et marcha sur le chemin de ronde. Il croisa des Défenseurs de Gamabal la plupart en armures d'argent, quelques uns en armures d'obsidienne, qui le saluèrent avec une brève inclination de tête.
Eckwan s'arrêta quand il arriva à hauteur de la tour Nord-Ouest et contempla la grande statue qui se dressait au milieu des jardins. Le colosse représentait Eckwan Ier, son oncle, coiffé de sa couronne, brandissant haut de la main gauche la bannière du Royaume, tenant contre lui dans l'autre main l'épée des Roys, FoudreLame.
Quel genre d'homme était-ce ? Le Roy ne l'avait jamais connu, pas plus que son propre père, Géduoin Ier. Ces deux hommes restaient des mystères pour lui, le premier était mort selon les livres dans d'étranges circonstances, mort sans héritier, pas même marié. Le second, l'aîné des deux frères, était apparu dans des circonstances aussi mystérieuses et il avait failli mourir sans héritier. Géduoin lui avait bien laissé un livre, ses Mémoires, mais à la vérité cela n'apprenait pas au dernier membre de la famille Delvain qui ses ancêtres avaient-ils été. Eckwan avait grandi sans parents à qui se rattacher. Oh bien sûr, ses parents adoptifs l'avaient chéri comme leur fils, mais cela n'était pas suffisant. Il aurait aimé avoir quelqu'un d'expérimenté à qui demander des conseils. Et surtout, il voulait savoir si la liaison avec les loups était dû au sang.
Avant de gagner ses appartements à l'intérieur de la citadelle, le Roy se promit d'être là pour sa descendance, s'il en avait une.

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Eckwan


Ancien Admin
Le vent soufflait avec force, le soleil qui n'offrait pas beaucoup de chaleur, entamait déjà sa longue descente dans le ciel. La cape voletant, les cheveux au vent, le visage dur, Eckwan Delvain inspectait depuis la selle de Vilamme, son étalon noir de guerre, les grands échafaudages qui se dressaient au sommet d'une colline devant lui. Deux grandes grues flanquaient les échafauds de chaque côté de la colline, activées par des bœufs massifs, hissaient des briques taillées dans la pierre avec tout le savoir-faire Marodian. En haut, des ouvriers aux vêtements simples mais résistants réceptionnaient les plateaux et les allégeaient de leur cargaison. Alors que ces ouvriers érigeaient petit à petit des murs, d'autres travailleurs ajustaient les dalles qui formaient le sol de l'édifice. Un groupe de sculpteurs gravaient les dalles déjà posées et fixées depuis quelques jours, des motifs complexes destinés à être par la suite remplis par de l'argent fondu. Derrière le chantier sur la route menant vers le Sud, de robustes chevaux de trait tiraient des chariots aux roues grinçantes sous le poids. Des quartiers de marbre et de quartz en provenance du Sud, du Comté d'une dénommée Alice. La construction du grand temple de Nouvel Ecensor progressait à grands pas.

Eckwan tourna bride et incita son hongre à avancer au pas. Les dix Défenseurs de Gamabal, dont deux en armure d'obsidienne, suivirent sur leur monture. Dix, oui, Razal avait insisté pour augmenter le nombre de gardes. Maintenant que la cité reprenait vie, les risques de mauvaises rencontres étaient plus grands. Au fond, le Roy savait que son ami avait raison, mais il avait besoin de liberté. Aussi, cela lui était arrivé plusieurs fois de partir la nuit sans personne et de rejoindre la meute des loups. Ces nuits là Eckwan chassait avec eux l'élan ou bien l'ours. Une fois une meute étrangère empiéta sur leur territoire, l'affaire fut réglée à l'issu d'un combat. Les loups adverses y perdirent la moitié de leurs compagnons, de son côté la meute de CrocBlanc compta un seul décès, celui de JeuneAigle.
Cette lutte pour défendre son territoire avait rappelé, s'il était besoin, à Eckwanque les ennemis étaient partout, et pouvaient attaquer à tout moment. Au Sud les infidèles Tricominiens et leur nouvelle Fédération toujours dirigée par le Leader Timon. Loin à l'Est se trouvait l'Empire insulaire de Keiron, dont l'Empereur était un certain Goste Cham, un ancien Rakatas. Le Roy de Marodia avait appris que Risa, la sœur aînée de Lirel, avait épousé cet Empereur, abandonnant Marodia et coupant les liens avec le reste de sa famille. Un membre des Toringiens qui renie à ce point Marodia, difficile à croire. Au Nord-Ouest, coincé entre le Duché de Céloutata, de Sharagon et de Nouvel Ecensor, si situait une petite ville prospère et riche, Jérusalis. Une cité-Etat dont le dirigeant dans sa folie des grandeurs proclamait haut et fort que Jérusalis était un Empire. Pour Eckwan cela lui importait peu que le gaillard se dise Empereur, Président, ou Prince des pâquerettes, le fait était que cette ville marchande enclavée regorgeait de richesses, c'était donc un potentiel partenaire commercial, ou bien un soutien de poids pour tout ennemi. Avant que Claw Sikorski ne se vassalise au Royaume, l'homme avait tenté d'envahir Jérusalis. L'opération s'était soldée par un échec rapide et l'Empereur s'était vite retiré. Depuis, la cité marchande continuait en toute quiétude de prospérer.

Eckwan passa les portes du mur d'enceinte de la citadelle de Gamabal, lorsque sa garde et lui l’eurent franchi, la herse de métal s'abaissa dans un concert de cliquetis de chaînes et de poulies. Le Roy mit pied à terre, des palefreniers emmenèrent toutes les montures vers les écuries. Le Grand-Prêtre accompagné d'un seul Défenseur d'Obsidienne gravit les marches, passa sous la statue du fondateur du Royaume et pénétra dans la citadelle. Il descendit les escaliers menant aux étages inférieurs et finit par entrer dans la salle de commandement de la citadelle. Razal n'était pas là, le Roy s'assit à la table sur l'un des sièges massifs en bois. Attrapant une plume il trempa la pointe dans l'encre et transcrit sur papier ces mots :

Au Chef et dirigeant de l'illustre Guilde des Mercenaires, Navari, fils de Navaaa,

Nous avons connaissance de la situation actuelle précaire dans laquelle se positionne la Guilde des Mercenaires. La Guilde et ses agissements hors-la-loi commis au sein de toutes les nations n'est pas bien vue de la part desdites nations. Bientôt les dirigeants prendront des mesures et utiliseront la force pour se débarrasser de votre groupe armé. Étant des hors-la-loi, vous n'avez, hélas, pas de couverture politique, ce qui vous coupe de tout soutien de la part d'une tierce nation. Par conséquent vous seriez condamnés à vous établir dans des terres vierges, vous isolant encore plus du reste du monde.
Faisant état de cette situation, le Royaume de Marodia vous fait à vous et à votre Guilde une proposition. Nous proposons que vous vous vassalisiez à la Couronne Marodianne. Afin que ce statue convienne plus à votre personne, vous deviendriez un vassal aux attributs différends de nos autres vassaux. En tant que Seigneur de Guerre vous seront confiés des terres afin de vous établir, vous et vos gens. Votre Guilde et vous acquériez la nationalité Marodianne, vous assurant ainsi une couverture politique. En tant que vassal de la Couronne Marodianne vous bénéficieriez de la protection du Royaume en cas d'attaque sur vous, conformément à l'article douze de la Charte Royale. Nous vous garantissons également l'amnistie, vos méfaits commis jusqu'à ce jour au sein du Royaume vous sont pardonnés. En échange de tout ceci, vous vous engagez à ériger une forteresse sur les terres qui vous seront confiés, à lever et entretenir une armée permanente, ainsi qu'à user selon notre demande de tous vos moyens militaires et logistiques en cas de guerre déclarée ou conflit armé.

Veuillez nous faire parvenir une réponse qu'elle soit négative ou affirmative par l'intermédiaire des émissaires porteur de cette missive. Sachez aussi que toute action tentée contre ceux-ci aboutira inéluctablement à votre propre perte.

Avec l'expression de nos salutations au Lion Doré.

Roy Eckwan II de Marodia, de la Maison Delvain
                           



L'emblème du Loup de la Maison Delvain s'imprima dans la cire à cacheter mauve et Eckwan tendit la missive à un Défenseur d'Obsidienne qui attendait. Au dessus de l'emblème la lettre avait pour titre ''Amnistie Marodianne'' et pour destinataire ''Au Lion Doré, Navari, fils de Navaaa'' :

- Voyez avec le Général Alrik, il saura vous donner les indications pour trouver le Lion Doré. Emmenez vingt Défenseurs dont cinq de l'élite avec vous. Donnez cette missive vous même en main propre, et si toute action de force est utilisée contre vous... il hésita un instant. Tuez les tous.

Ce furent les seules instructions que le Roy donna au Défenseur avant que celui-ci ne salue avec une légère inclination de tête et ne s'en aille avec la missive par la porte menant aux baraquements.

Razal entra dans la salle de commandement alors que son suzerain examinait avec soin des rapports chiffrés sur les prix actuels du marché sur le quartz, le marbre, la pierre et de nombreux autres matériaux de construction. Eckwan leva son regard du document et répondit à l'inclination de tête de son ami par le même salut :

- Des nouvelles ? questionna le Roy en désignant d'un geste le papier que tenait le Seigneur-Capitaine. Sur la tentative d'assassinat ?

Razal avança jusqu'au centre de la salle en secouant négativement la tête et tendit le papier à l'homme de l'autre coté de la table :

- Pas plus d'avancée de ce côté qu'un cheval sans pattes dans un hippodrome. Ceci est une missive de Theodon, de la Maison des Areksars.

Le Roy reconnu le sceau intact puis le brisa et lu les lignes écrites d'une écriture digne des Nains. Theodon, chef de la Maison Areksar, proposait dans cette missive aux phrases bien tournées et recelant d'allusions cachées de vassaliser la Maison des Areksars et ses terres au Royaume de Marodia, faisant renaître ainsi un vieux lien de vassalité. La Maison Areksar était la troisième plus vieille Maison noble dans les contrées d'Elandora depuis la Destruction du cœur du Monde. Dès sa fondation par le Nain Areksar, architecte et bâtisseur émérite, la Maison s'était vassalisée au Royaume.
Cette proposition était une bénédiction, Eckwan s'était maintes fois torturé l'esprit à trouver les bons mots pour convaincre le chef des Areksars à se vassaliser au Royaume, et voilà que Theodon proposait de lui-même cette vassalisation. Ne restait plus qu'à répondre, ce que fit le Roy sur le champ.

Et c'est une missive porteuse d'une réponse affirmative, contenant des propos aussi bien tournés que ceux des Areksars, qui partit à cheval vers le Sud.

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